1 400 milliards de dollars en jeu au procès de Meta
Huit jurés ont été désignés à Oakland pour juger si Facebook et Instagram ont été conçus pour rendre les adolescents accros, avec des pénalités réclamées à hauteur de la valeur boursière du groupe.
Huit jurés ont été retenus mercredi au tribunal fédéral d'Oakland, en Californie, pour le procès de Meta, dont les plaidoiries d'ouverture sont fixées au 18 août. En face de la maison mère de Facebook et d'Instagram : les procureurs généraux de Californie, du Colorado, du Kentucky et du New Jersey, qui montent au front pour le compte de 29 États américains engagés contre le groupe depuis 2023.
Le montant réclamé donne le vertige. Les pénalités calculées dans les écritures préalables peuvent atteindre 1 400 milliards de dollars, soit plus de 1 000 milliards d'euros — presque la capitalisation boursière du groupe, autour de 1 500 milliards de dollars. Selon l'AFP, Meta oppose à ce calcul sa propre estimation du préjudice : 4 millions de dollars. L'écart entre ces deux chiffres résume à lui seul l'affaire.
Ce dossier n'est pas une querelle américaine lointaine. Il s'ouvre à l'instant précis où la France met en œuvre sa loi sur la majorité numérique à 15 ans. Les documents internes versés aux débats, les témoignages de dirigeants et le raisonnement des jurés vont alimenter pendant des mois les régulateurs européens — et l'argumentaire des associations de parents en France.
Huit jurés, sept semaines d'audience
L'audience est présidée par la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers, qui avait déjà eu à connaître du litige opposant Elon Musk à OpenAI. Les débats doivent durer six à sept semaines, jusqu'à fin septembre, la décision étant attendue en octobre. Pendant la sélection, un juré a comparé la décharge de dopamine du défilement à la cocaïne ; un autre a estimé que ces applications sont conçues pour extraire de la valeur des utilisateurs.
La liste des témoins attendus explique l'attention médiatique : Mark Zuckerberg, le patron d'Instagram Adam Mosseri, et la lanceuse d'alerte Frances Haugen, dont les révélations de 2021 sur les études internes du groupe restent la pièce maîtresse du dossier des plaignants.
Ce qui se joue vraiment au procès de Meta
Les quatre États en première ligne soutiennent que les plateformes ont été façonnées pour accrocher les mineurs, et que le public a été trompé sur leur dangerosité. Les 29 États ajoutent un second volet : la collecte illégale de données d'enfants, en violation de la loi fédérale américaine sur la vie privée des moins de 13 ans.
Le scroll infini et les notifications sur le banc des accusés
Trois fonctionnalités sont explicitement visées : le défilement sans fin, le flot de notifications et le compteur de « j'aime ». L'argument est technique mais simple : ce ne sont pas les contenus qui sont attaqués, mais les mécanismes d'engagement eux-mêmes. C'est aussi ce qui a permis d'écarter, le 11 août, l'immunité que Meta invoquait au titre de la section 230.
1 400 milliards de dollars, remis à l'échelle
Ce chiffre correspond à un plafond théorique, obtenu en multipliant une amende unitaire par un très grand nombre d'infractions présumées. Personne n'attend une telle somme. Mais pour comparaison, le budget annuel de l'État français tourne autour de 500 milliards d'euros : même un centième de ce plafond représenterait la plus lourde sanction jamais infligée à un réseau social.
Ce que les États veulent obtenir au-delà de l'argent
Les remèdes demandés pèsent peut-être plus lourd que l'amende : vérification de l'âge, suppression du défilement infini et des notifications pour les jeunes comptes, limites de temps d'écran, et destruction des algorithmes et modèles d'IA entraînés sur des données d'enfants. Cette dernière exigence toucherait au cœur industriel de l'entreprise.
Deux condamnations déjà tombées cette année
Meta n'arrive pas vierge à cette audience. À Los Angeles, le groupe a été condamné à verser 6 millions de dollars à une adolescente, solidairement avec YouTube. Au Nouveau-Mexique, selon Reuters, un juge lui a imposé 567 millions de dollars — près d'un demi-milliard d'euros — assortis de modifications de ses plateformes. Deux jurys populaires lui ont donc déjà donné tort en quelques mois.
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C'est la ligne de défense du groupe, citée par Reuters. Meta plaide aussi que l'« addiction aux réseaux sociaux » n'est reconnue par aucune classification psychiatrique — un point que ses avocats devraient marteler pendant sept semaines.
Pourquoi la France suit ce dossier de près
Le Parlement français a définitivement adopté le 22 juillet 2026 l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une première en Europe. Concrètement, la création de nouveaux comptes est bloquée dès la rentrée, et les comptes existants doivent être vérifiés d'ici au 1er janvier 2027, via un jeton d'âge anonymisé délivré par un tiers de confiance comme France Identité ou Docaposte.
La Commission européenne, elle, a annoncé le 15 avril 2026 une application européenne de vérification d'âge, développée avec sept États pionniers dont la France. Si le jury d'Oakland retient que le design lui-même nuit aux mineurs, l'approche française change de statut : elle cesse d'être une exception nationale contestée pour devenir un précédent.
Les dates à surveiller d'ici octobre
Le 18 août, les plaidoiries d'ouverture donneront le ton et révéleront les documents internes que chaque camp compte exploiter. Les audiences s'étirent jusqu'à fin septembre, avec les dépositions des dirigeants comme temps forts. La décision suivra en octobre.
Pour un parent en France, l'échéance utile est plus proche : d'ici janvier 2027, chaque compte d'adolescent devra passer la vérification d'âge. Autant en parler maintenant à la maison, et regarder dès aujourd'hui quels réglages de notifications et de temps d'écran sont déjà disponibles — sans attendre qu'un tribunal californien les impose.
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