1 607 heures ne suffisent plus pour devenir chauffeur VTC
Depuis le 12 août 2026, la voie de l'équivalence a disparu : plus personne n'obtient sa carte professionnelle VTC sans passer l'examen complet de la chambre de métiers.
Pour devenir chauffeur VTC en France, il ne reste plus qu'un seul chemin depuis mercredi : l'examen. Le décret n° 2026-764, signé le 5 août et publié au Journal officiel le 11, supprime la voie dite de l'équivalence. Elle permettait à certains conducteurs professionnels de décrocher leur carte sans jamais passer devant un jury. Le texte est entré en vigueur le 12 août.
Cette équivalence tenait à un chiffre très précis : 1 607 heures. Soit un an de travail à temps plein, accompli au cours des dix dernières années comme conducteur professionnel de personnes. Ambulanciers, chauffeurs de bus ou de car, conducteurs sous statut LOTI : ils déposaient un dossier en préfecture avec bulletins de paie ou contrats de travail, et la carte professionnelle suivait. Sans QCM, sans épreuve de conduite.
Concrètement, quelqu'un qui conduisait un autocar depuis un an pouvait basculer vers les plateformes en quelques semaines. Ce raccourci n'existe plus. La même règle s'applique aux moto-taxis, les VMDTR dans le jargon administratif. RMC a titré son reportage sur une phrase recueillie auprès du secteur : « on veut éviter que ce métier soit accessible à tous ». Elle dit assez bien le climat.
Ce que l'équivalence permettait vraiment
Le principe n'était pas absurde. Un chauffeur de car qui transporte des passagers toute la journée connaît la route, la fatigue, la conduite en ville. L'idée était de ne pas lui faire repasser ce qu'il maîtrise déjà. Le problème, c'est que l'expérience validée pouvait n'avoir aucun rapport avec le quotidien d'un VTC : facturation, statut d'indépendant, réglementation du transport public particulier, relation client, gestion des réservations préalables.
Pourquoi l'État a fermé ce raccourci
Deux motifs reviennent dans la justification du gouvernement. Le premier tient à la fraude. Attestations d'employeur fabriquées, faux certificats de travail, montages entre sociétés complaisantes : le ministère chargé des Transports évoque un nombre significatif de tentatives ces dernières années. Un dossier papier examiné en préfecture est plus facile à maquiller qu'une salle d'examen avec un surveillant.
Le second motif est le niveau. Selon l'administration, les titulaires passés par l'équivalence connaissaient moins bien les règles propres au VTC que ceux sortis de l'examen. Or ce sont précisément ces règles qui distinguent un VTC d'un taxi : pas de maraude, réservation obligatoire, tarification libre annoncée à l'avance.
Comment devenir chauffeur VTC désormais
Le passage par les chambres de métiers et de l'artisanat devient obligatoire pour tout le monde. L'examen se compose de deux blocs, et il faut valider les deux. Les CMA organisent des sessions à peu près chaque mois, mais les places partent vite dans les départements où la demande est forte.
L'écrit, un tronc commun avec les taxis
Une partie des matières est partagée avec l'examen taxi : sécurité routière, réglementation du transport public de personnes, gestion d'entreprise, français, anglais, développement commercial. S'y ajoutent les modules spécifiques au VTC. Les organismes de formation annoncent des taux de réussite qui chutent nettement sous la barre de 50 % chez les candidats qui se présentent sans préparation.
Vingt minutes au volant
L'épreuve pratique dure une vingtaine de minutes avec un examinateur à bord. On y évalue la conduite, bien sûr, mais aussi la prise en charge du client, le confort, la propreté du véhicule et le comportement commercial. C'est l'étape que l'équivalence supprimait totalement, et c'est celle que l'administration voulait rendre incontournable.
Les pièces du dossier qui ne bougent pas
Le reste des conditions reste inchangé : permis B depuis au moins trois ans, casier judiciaire compatible, attestation de secourisme en cours de validité et visite médicale chez un médecin agréé. Comptez, selon les centres de formation, un peu plus de 200 euros rien que pour l'inscription à l'examen, hors formation.
Qui n'est pas touché par la réforme
Le décret n'est pas rétroactif. Si vous détenez déjà une carte obtenue par équivalence, elle reste parfaitement valable et vous ne repassez rien. Deuxième filet de sécurité : les demandes déposées avant le 12 août 2026 continuent d'être instruites selon les anciennes règles. Un dossier complet arrivé en préfecture le 8 août ira jusqu'au bout sans examen.
Les qualifications obtenues dans un autre pays de l'Union européenne restent reconnues, avec une nuance : il faut désormais prouver une expérience dans ce métier précis, et non dans le transport de personnes en général.
Ce que ça change pour le marché
C'est le deuxième grand tour de vis en dix ans. En décembre 2016, la loi Grandguillaume avait déjà fermé la brèche LOTI, qui servait à faire du transport urbain sans carte VTC ; l'équivalence avait alors servi de passerelle pour régulariser ces chauffeurs. Ce qui était une porte de sortie devient une porte fermée.
Pour les plateformes, le robinet du recrutement se resserre : quelques semaines de démarches deviennent plusieurs mois de préparation et un examen à passer. Pour les chauffeurs déjà installés, c'est une bonne nouvelle à court terme, moins de concurrence nouvelle sur des courses dont les tarifs stagnent. Pour les candidats, la facture et le délai augmentent.
Si vous visiez ce métier, vérifiez d'abord la date de dépôt de votre dossier en préfecture : c'est elle qui décide de votre régime. Sinon, inscrivez-vous dès maintenant à une session de CMA, les listes d'attente vont s'allonger. Et gardez en tête que la carte se renouvelle tous les cinq ans, avec une formation continue obligatoire à la clé.
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