60 ou 240 watts : le câble USB-C décide, pas le chargeur

Sous une prise devenue obligatoire en Europe se cachent des cordons qui vont du simple au quadruple en puissance, et du simple au cent cinquantuple en débit.

60 ou 240 watts : le câble USB-C décide, pas le chargeur

Votre téléphone met une éternité à remonter à 80 % et vous accusez le chargeur : dans beaucoup de cas, le vrai responsable est le câble USB-C qui traîne sur la table de nuit. Deux cordons rigoureusement identiques à l'œil peuvent laisser passer 60 watts pour l'un et 240 watts pour l'autre. Même connecteur ovale, même gaine, souvent le même magasin. Un rapport de un à quatre.

L'écart est encore plus brutal côté données. Selon Selectra, la même prise abrite aussi bien des cordons limités à 480 mégabits par seconde — la vitesse de l'USB 2.0, une norme qui date du début des années 2000 — que des modèles montant à 80 gigabits par seconde. Soit plus de 150 fois mieux. Rien, sur la fiche, ne permet de deviner lequel vous tenez.

Ça concerne à peu près tout le monde en France. Depuis le 28 décembre 2024, la directive européenne 2022/2380 impose le port USB-C sur les téléphones, tablettes, écouteurs, liseuses, manettes et enceintes portables vendus neufs. L'Europe a standardisé la forme du trou. Elle n'a pas standardisé ce qu'on branche dedans, et c'est exactement là que la lenteur se loge.

Pourquoi le câble USB-C impose sa loi

Quand vous branchez, trois appareils discutent entre eux via le protocole USB Power Delivery : le chargeur, le téléphone et le cordon. Chacun annonce ce qu'il sait faire, et c'est le plus faible qui fixe la règle. Un bloc secteur de 100 watts relié à un cordon de 60 watts délivrera 60 watts, point final. Aucun message d'alerte, aucune icône : juste une recharge molle.

D'où sortent les paliers 60, 100 et 240 watts

La spécification USB Type-C autorise 3 ampères par défaut, soit 60 watts. Au-delà, le cordon doit embarquer une puce d'identification appelée e-marker, une petite mémoire cachée dans le connecteur qui déclare ce qu'il encaisse. Avec elle, on passe à 5 ampères et 100 watts. La révision 3.1 du Power Delivery ajoute des tensions de 28, 36 et 48 volts et pousse le plafond à 240 watts.

Sans e-marker, le chargeur reste prudent et n'ouvre jamais les vannes. C'est la raison pour laquelle un cordon sans marquage acheté à l'aveugle sur une place de marché ne dépassera jamais la charge lente, même branché sur le meilleur bloc secteur de la maison.

Charger vite et transférer vite, deux choses différentes

Voilà le piège le moins intuitif : un cordon certifié 240 watts peut très bien plafonner à 480 Mb/s en données. Les deux caractéristiques sont indépendantes. Apple le dit noir sur blanc pour les iPhone 15 Pro, 16 Pro et 17 Pro : les 10 Gb/s ne sont atteints qu'avec un câble USB 3 en option, pas avec celui livré dans la boîte. Vingt fois l'écart, sur la même prise.

60 ou 240 watts : le câble USB-C décide, pas le chargeur

Ce qu'il faut regarder avant d'acheter

L'USB-IF, le consortium qui gère la norme, a créé des logos justement pour ça. Ils figurent sur l'emballage, parfois moulés sur le connecteur, et ne sont accordés qu'après des tests de conformité. Deux informations séparées à chercher, plus une troisième que personne ne regarde.

Le chiffre en watts

Un cordon certifié affiche 60W ou 240W. Rien d'écrit signifie 3 ampères, donc 60 watts au mieux. Pour un téléphone récent, c'est largement suffisant ; pour un PC portable, ça bride.

Le débit, écrit à part

Il s'exprime de 5 Gbps à 80 Gbps. Si vous transférez des vidéos ou branchez un écran externe, c'est ce chiffre-là qui compte, pas les watts. Les cordons USB4 à 80 Gbps n'arrivent en volume que sur 2026-2027.

La longueur, souvent négligée

Plus c'est long, plus le signal se dégrade. La norme retient 2 mètres maximum pour l'USB 3.2, contre 4 mètres tolérés en USB 2.0. Un cordon de 3 mètres vendu comme rapide est un mauvais signe.

Quand le cordon devient dangereux, pas juste lent

La lenteur est un désagrément ; le reste l'est moins. En avril 2026, RappelConso a publié le rappel d'un chargeur secteur USB-C 20 W de marque Vigus B, référence WAL20W, vendu en ligne notamment via Amazon. Motif : une séparation insuffisante entre circuit primaire et secondaire, avec un risque d'exposition au 230 volts du secteur au lieu du 5 volts attendu. Risque de choc électrique.

Les signaux d'alerte à connaître : un connecteur qui chauffe anormalement, des broches noircies, une charge qui s'interrompt toute seule. Dans ces trois cas, on débranche et on jette. Le site RappelConso, tenu par la DGCCRF, permet de vérifier gratuitement une marque avant de rebrancher.

Le vrai test arrive le 28 avril 2026

À cette date, tous les PC portables neufs vendus dans l'Union devront eux aussi se recharger en USB-C. Un même cordon pourra alimenter l'ordinateur, le téléphone et le casque — à condition qu'il tienne la puissance. Un ordinateur qui réclame 100 watts sur un cordon de 60 se rechargera au ralenti, voire se déchargera pendant que vous travaillez. C'est là que les tiroirs mal triés vont faire mal.

Le geste utile ce week-end : sortez tous vos cordons, cherchez le marquage en watts, mettez de côté ceux qui n'en ont aucun et gardez le mieux noté pour l'ordinateur. Un câble USB-C certifié coûte plus cher qu'un modèle anonyme, mais il vaut mieux en acheter un bon que quatre inutilisables.