700 photos de Pinault pour le bicentenaire de la photographie
La Bourse de Commerce consacre trois mois et demi à la photographie avec 700 tirages jamais montrés ensemble, au cœur d'un bicentenaire national de treize mois.
Pour le bicentenaire de la photographie, la Bourse de Commerce accroche 700 tirages de la Collection Pinault, du 7 octobre 2026 au 18 janvier 2027. L'exposition s'intitule Remember Me et réunit plus de 70 artistes, de Gustave Le Gray à Zanele Muholi. C'est la première fois que la collection présente d'un seul tenant ce pan de son fonds, qui compte plus de 8 000 tirages.
Le chiffre mérite qu'on s'y arrête. 700 images montrées sur 8 000 conservées, cela fait moins d'une sur dix. Ce que le public verra rue de Viarmes n'est donc que la partie émergée d'un ensemble constitué pendant des décennies et jamais sorti comme tel. Pour un lieu qu'on associe d'abord aux installations monumentales et à l'art contemporain, le virage est net.
Le calendrier n'a rien d'un hasard. Le ministère de la Culture a placé la période du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027 sous le signe du bicentenaire de la photographie, avec 182 projets labellisés en France, dans les territoires ultramarins et dans une trentaine de pays. La Bourse de Commerce n'est qu'une pièce de ce dispositif, mais c'est sans doute la plus visible à Paris.
Pourquoi le bicentenaire de la photographie a lieu en 2026
Beaucoup datent la naissance de la photographie de 1839, l'année où la France dévoile le daguerréotype au monde entier. L'anniversaire remonte plus loin. Il se cale sur le « Point de vue du Gras », la plus ancienne photographie conservée, réalisée par Nicéphore Niépce vers 1826-1827 depuis une fenêtre de sa propriété de Saint-Loup-de-Varennes, en Saône-et-Loire. Le procédé s'appelait l'héliographie et exigeait des heures de pose.
Fêter 1826 plutôt que 1839, c'est déplacer le récit. On célèbre l'image fixée avant l'annonce officielle, le bricolage de province avant l'industrie parisienne. Ce choix explique aussi pourquoi les festivités s'étalent sur treize mois : la date exacte du premier cliché reste incertaine, alors on couvre large.
Une collection de 8 000 tirages enfin déballée
Le commissariat revient à Matthieu Humery, qui conseille la Collection Pinault sur la photographie, avec Lola Regard. Le parcours renonce à la chronologie : les époques et les genres se mélangent, si bien qu'un reportage de guerre peut voisiner avec une image de mode ou un autoportrait mis en scène.
Un ensemble Irving Penn de plus de 400 tirages
Le bloc le plus impressionnant tient à un seul nom. Plus de 400 photographies d'Irving Penn sont annoncées, soit à elles seules plus de la moitié de l'accrochage. Peu de musées français peuvent aligner une telle profondeur sur un photographe unique. À côté, une série de Raymond Depardon apporte le contrepoint documentaire et français.
Barbara Kruger donne son titre à l'exposition
Remember Me n'est pas un slogan de communication. C'est le nom d'une œuvre de Barbara Kruger, installée dans la Rotonde du bâtiment, qui prête sa formule à l'ensemble. Le geste est cohérent : Kruger travaille depuis les années 1980 sur les images empruntées et les mots qui leur sont plaqués dessus.
Des signatures que vous reconnaîtrez sans être amateur
Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Man Ray, Robert Capa, Lee Miller, Dorothea Lange, Helmut Newton, Nan Goldin, Cindy Sherman, Annie Leibovitz, Wolfgang Tillmans, Hiroshi Sugimoto, Louise Lawler, Meret Oppenheim, Erwin Blumenfeld. La liste couvre le photojournalisme, la mode, le portrait de studio et la photo conceptuelle. Autant dire que l'exposition sert autant de manuel que de collection privée.
Ce que la visite va coûter
- Dates : du 7 octobre 2026 au 18 janvier 2027
- Adresse : 2 rue de Viarmes, Paris 1er
- Tarifs : 15 € plein tarif, 10 € tarif réduit (18-26 ans notamment)
- Attention : le lieu est mobilisé par le montage du 26 août au 5 octobre 2026
Rapporté au nombre d'images, le billet plein tarif revient à environ deux centimes la photographie. C'est évidemment un calcul absurde, mais il dit quelque chose de la densité du parcours : ne comptez pas tout voir en une heure. Prévoyez une demi-journée, ou deux visites si vous habitez la région parisienne et pouvez y revenir.
Après Paris, le bicentenaire se joue aussi en région
Le programme national dépasse largement la Bourse de Commerce. Une exposition inaugurale est attendue à l'automne 2026 au Grand Palais, en partenariat avec le Centre Pompidou et GrandPalaisRmn, autour des collections publiques. Le musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône prépare de son côté un volet historique avec la Bibliothèque nationale de France. Les Rencontres d'Arles et le festival de La Gacilly sont également au programme.
Autre chantier discret mais intéressant : le Centre national des arts plastiques a lancé une commande nationale baptisée « Réinventer la photographie », qui doit retenir quinze photographes. Contrairement aux expositions, ce dispositif produit des images neuves plutôt que d'en réexposer d'anciennes. C'est là que se jouera la partie contemporaine du bicentenaire de la photographie.
Ce qu'il faut surveiller d'ici octobre
Trois choses, concrètement. L'ouverture de la billetterie en ligne, car les créneaux des premiers week-ends partent vite sur ce type d'accrochage. Le calendrier précis du Grand Palais, qui donnera le ton de tout le reste. Et les noms retenus pour la commande nationale. Si vous ne devez retenir qu'une date, gardez le 7 octobre 2026 : c'est le jour où 8 000 tirages restés invisibles commencent enfin à sortir de leurs boîtes.
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