809 cas de chikungunya : le moustique tigre est chez lui
Après une saison 2025 sans précédent, les médecins du Sud ne parlent plus d'éradiquer l'insecte mais de cohabiter avec les virus qu'il transporte.
Le moustique tigre est aujourd'hui installé dans 83 des 96 départements de France métropolitaine, et il ne se contente plus de gâcher les soirées en terrasse : il transmet. Interrogé par Nice-Matin, le docteur Pascal Delaunay, entomologiste médical au CHU de Nice, ne promet ni retour en arrière ni solution miracle. Son message tient en une phrase : il va falloir apprendre à vivre avec la dengue, le chikungunya et Zika.
Les données de Santé publique France disent pourquoi le ton a changé. La saison 2025 a produit 809 cas autochtones de chikungunya en France hexagonale, répartis en 79 épisodes de transmission. Autochtone, ça veut dire que le malade n'avait pas voyagé : il a été piqué ici, par un moustique du quartier. Le pays n'avait jamais connu un tel niveau. S'y ajoutent 30 cas de dengue contractés sur place, sur 11 épisodes, et 18 cas de Zika importés.
Pour un habitant du Sud, ce n'est pas une abstraction. Provence-Alpes-Côte d'Azur a concentré près de 60 % des cas de l'Hexagone : 450 chikungunya et 16 dengue attrapés sans quitter la région, dans 35 épisodes distincts, principalement dans les Alpes-Maritimes, le Var et les Bouches-du-Rhône. Plus de 97 % des habitants de la région vivent désormais dans une zone où l'insecte est implanté.
Pourquoi le moustique tigre ne repartira pas
L'éradication n'est plus un objectif sérieux, et personne dans les agences sanitaires ne fait semblant du contraire. Aedes albopictus pond dans quelques millilitres d'eau : une soucoupe sous un pot, une gouttière bouchée, un arrosoir laissé au soleil. Il vit en ville et dans les jardins privés, exactement là où les campagnes de démoustication publiques n'ont pas le droit d'entrer. Sa progression est continue, et elle monte vers le nord.
« Il va falloir apprendre à vivre avec »
Trois régions ont enregistré leurs premières transmissions locales en 2025 : la Nouvelle-Aquitaine, le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté. Dans Monaco Hebdo, le même Pascal Delaunay prévenait déjà que « la situation va probablement s'amplifier d'année en année ». Le débat a glissé de la lutte contre l'insecte vers la gestion du risque humain.
La saison où un seul foyer a touché 144 personnes
Le détail le plus parlant de 2025 est ailleurs que dans le total. La taille médiane d'un épisode était de trois cas — un voisinage, deux familles, rien de plus. Mais le plus gros a atteint 144 personnes, et un épisode durait en moyenne 31 jours. Autrement dit : la plupart des foyers s'éteignent vite, et il suffit qu'un seul échappe au contrôle pour faire basculer les statistiques d'un département entier.
Le carburant, ce sont les voyageurs. La France a compté 2 398 cas de chikungunya et 2 389 cas de dengue importés en 2025. Un seul d'entre eux, piqué chez lui pendant sa fièvre, suffit à lancer une chaîne locale. C'est pour ça que la conduite d'un malade compte autant que celle d'une commune.
Fièvre et douleurs : comment savoir si c'est ça
Les signes qui doivent faire consulter
La définition utilisée par les médecins est simple : une fièvre supérieure à 38,5 °C, accompagnée d'au moins un autre signe — maux de tête, douleurs articulaires, courbatures, douleurs dans le bas du dos ou derrière les yeux. Ces symptômes n'ont rien de spécifique en plein été, ce qui explique qu'une partie des cas passe sous les radars pendant plusieurs jours.
Le bon test dépend du jour des symptômes
Ce point est mal connu du grand public et fait perdre du temps. La RT-PCR est utile du premier au septième jour après le début des signes. La sérologie, elle, ne devient interprétable qu'à partir du cinquième jour. Pour la dengue, le test antigénique NS1 fonctionne jusqu'au septième jour ; pour Zika, la PCR urinaire reste possible jusqu'au dixième. Consulter tôt vaut mieux que consulter bien reposé.
Les sept jours qui comptent le plus
Après le début des symptômes, la consigne est d'éviter toute piqûre pendant sept jours : répulsif, manches longues, moustiquaire. Pendant cette fenêtre, un moustique qui vous pique repart avec le virus et le donne au voisin. C'est le geste individuel qui bloque le mieux un foyer, et il ne coûte rien.
Vider l'eau, chaque semaine, chez vous
L'essentiel des gîtes larvaires se trouve dans les propriétés privées. Un tour du jardin ou du balcon une fois par semaine suffit à casser le cycle, qui dure moins de dix jours en été. Les endroits à vérifier reviennent toujours :
- soucoupes sous les pots de fleurs et les jardinières
- gouttières et regards d'évacuation encombrés de feuilles
- seaux, arrosoirs, bâches de piscine, jouets d'enfants
- vases, coupelles d'animaux, pieds de parasol creux
- récupérateurs d'eau de pluie non couverts d'une moustiquaire
Ce qu'il faut surveiller jusqu'au 30 novembre
La surveillance renforcée a été activée le 1er mai et court jusqu'au 30 novembre. Au 20 juillet 2026, deux cas de dengue autochtones avaient été identifiés dans le Tarn et l'Hérault, avec une première circulation du chikungunya dans le Tarn, ainsi que deux infections locales à virus West Nile dans les Pyrénées-Orientales et les Bouches-du-Rhône. Le Var, les Alpes-Maritimes et le Vaucluse restent classés au niveau de vigilance le plus élevé.
Le pic de transmission arrive habituellement en août et septembre, quand les vacanciers rentrent. Si vous avez de la fièvre avec des douleurs articulaires dans les jours suivant un retour de zone tropicale — ou même sans avoir bougé — consultez rapidement et dites-le au médecin : le signalement déclenche une enquête et une démoustication autour de chez vous. Et d'ici là, videz les soucoupes.
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