Grève easyJet : 250 € au moins pour un vol annulé

Plus de cent vols supprimés sur les six bases françaises pour un conflit qui ne porte pas sur les rémunérations mais sur des plannings remaniés jusqu'à la veille du départ.

Grève easyJet : 250 € au moins pour un vol annulé

La grève easyJet qui a cloué au sol une centaine de vols au départ de la France samedi 15 et dimanche 16 août ne portait pas sur les salaires. Elle portait sur les plannings. Les trois syndicats de personnel navigant commercial — SNPNC-FO, UNAC-CFE-CGC et UNPNC-CFDT — reprochent à la compagnie britannique de remanier les horaires en permanence, parfois la veille pour le lendemain, parfois douze heures avant le décollage.

Pour un passager, la conséquence est immédiate et chiffrable. Un vol annulé moins de quatorze jours avant le départ ouvre droit, selon le règlement européen sur les droits des passagers aériens, à une indemnité forfaitaire de 250 euros sur les liaisons de moins de 1 500 kilomètres, 400 euros au-delà. Et la justice européenne considère qu'une grève du propre personnel d'une compagnie n'est pas une circonstance extraordinaire : l'indemnité reste due.

L'ampleur du mouvement explique celle des annulations. Selon l'UNPNC-CFDT, plus de 100 des 162 vols programmés ce week-end depuis les bases françaises ont été supprimés, soit près de deux sur trois. Le SNPNC-FO avance que plus de la moitié des quelque 900 navigants employés par easyJet en France se sont déclarés grévistes. La CFDT évoque, elle, près de 80 % du personnel opérationnel mobilisé.

Ce qui s'est passé sur les six bases françaises

easyJet exploite six bases dans le pays : Paris-Orly, Paris-Charles-de-Gaulle, Lyon, Nice, Nantes et Bordeaux. Le préavis déposé début août les couvre toutes. La compagnie a préféré annuler en bloc, à l'avance, plutôt que de laisser les voyageurs découvrir la situation au comptoir d'enregistrement. C'est la pratique la plus propre du secteur, mais elle a un coût d'image, parce que la date retenue est l'un des trois week-ends les plus chargés de l'été aérien français.

Pourquoi la grève easyJet ne parle pas d'argent

L'instabilité des plannings est au cœur du conflit. Les syndicats citent aussi les trippings imposés, ces découchages ajoutés au dernier moment, et des rotations jugées pénalisantes pour le temps de repos. Sur la base de Lyon, des navigants disent subir 50 à 60 modifications de programme par semaine. À ce rythme, organiser une garde d'enfants ou un rendez-vous médical devient un exercice d'équilibriste.

« On joue aux chaises musicales en permanence », résume William Bourdon, du SNPNC-FO, dans des propos rapportés par l'AFP.

Cette souplesse extrême n'est pas un accident de gestion, c'est un modèle. Chez une compagnie à bas coûts, la rentabilité se joue sur le taux d'utilisation des avions et des équipages. Déplacer un équipage d'une rotation à l'autre évite une annulation coûteuse. Le calcul fonctionne tant que les salariés absorbent le choc. Ce week-end, ils ont refusé de l'absorber, et l'addition est retombée sur la compagnie.

Grève easyJet : 250 € au moins pour un vol annulé

Vos droits si votre vol a été annulé

Trois obligations distinctes pèsent sur le transporteur, et elles se cumulent. Beaucoup de passagers n'en réclament qu'une seule, en général le remboursement, et laissent le reste de côté. Voici ce à quoi vous pouvez prétendre concrètement.

Remboursement intégral ou réacheminement

Vous choisissez, ce n'est pas la compagnie qui décide. Soit le remboursement complet du billet sous sept jours, soit un réacheminement vers votre destination dans des conditions comparables, à la première occasion. easyJet a proposé des transferts gratuits vers d'autres vols. Si l'option retenue vous laisse bloqué plusieurs jours, insistez pour un vol plus rapide, y compris sur une autre compagnie.

L'indemnité de 250 à 600 euros

Elle est indépendante du prix payé. Un aller-retour acheté 39 euros peut donner droit à 250 euros. Les 600 euros concernent les vols de plus de 3 500 kilomètres, rares sur le réseau français d'easyJet : la plupart des dossiers de ce week-end relèveront de 250 ou 400 euros. La demande se fait par écrit auprès de la compagnie, et le délai pour agir en France est de cinq ans.

Repas, hôtel et transferts pendant l'attente

La prise en charge est due dès que l'attente dépasse deux à quatre heures selon la distance : boissons, repas, nuit d'hôtel et trajet vers l'hôtel si le report est au lendemain. Conservez chaque justificatif. Si la compagnie n'organise rien sur place, avancez des frais raisonnables et réclamez-les ensuite, preuves à l'appui.

Ce que répond easyJet

La compagnie dit avoir annulé « à titre préventif » une centaine de vols pour permettre aux passagers de s'organiser avant de partir. Elle a appelé les syndicats à renoncer à ce qu'elle qualifie d'action « opportuniste » à une période aussi sensible de l'année, affirme avoir transmis des propositions d'ajustements et renvoie la discussion à de nouvelles négociations en septembre. Aucun accord n'a été annoncé à ce stade.

Le préavis court jusqu'au 2 septembre

C'est le point que beaucoup de voyageurs ont manqué : le préavis déposé début août ne s'arrête pas au 16. Il couvre la période allant du 7 août au 2 septembre sur l'ensemble des bases françaises. Autrement dit, l'intersyndicale conserve la possibilité de rappeler ses adhérents à tout moment jusqu'à la rentrée, y compris sur le week-end des retours de vacances, sans nouvelle formalité.

Si vous volez avec easyJet d'ici début septembre, vérifiez le statut de votre vol la veille au soir puis le matin même, et gardez une capture d'écran de la notification d'annulation : c'est la pièce qui fait la différence dans un dossier d'indemnisation. Le vrai signal à surveiller reste la reprise des discussions en septembre. Tant que la question des plannings n'est pas tranchée, le calendrier de septembre restera incertain.