Inflation américaine calmée, dette la plus chère depuis 2001
Wall Street a signé un record jeudi grâce à des prix plus sages que prévu, le jour même où Washington a emprunté à trente ans au coût le plus élevé depuis un quart de siècle.
L'inflation américaine a de nouveau fait la loi à Wall Street jeudi 13 août : le S&P 500 a terminé sur un record à 7 798,99 points, en hausse de 0,65 %, le Nasdaq a pris 0,81 % et le Dow Jones s'est contenté de 0,13 %. Deuxième séance d'affilée portée par des chiffres de prix plus sages que ce que redoutaient les investisseurs.
Le même jour, une autre opération passait presque inaperçue. Le Trésor américain a placé 25 milliards de dollars d'obligations à trente ans au taux de 5,216 %, le coût d'emprunt le plus élevé sur cette échéance depuis 2001, selon Bloomberg. Traduction : pendant que les actions fêtaient une inflation qui décélère, l'État fédéral empruntait au tarif le plus cher depuis un quart de siècle.
Ce grand écart n'est pas un détail technique réservé aux salles de marché. Le taux américain à long terme sert de boussole au reste de la planète financière. Il pèse sur la valorisation des actions, sur le rendement des fonds en euros de votre assurance-vie et, à retardement, sur le coût du crédit en Europe. Autrement dit, la fête boursière et l'avertissement obligataire vous concernent tous les deux.
Deux rapports d'inflation, deux soulagements
Mercredi 12 août, les prix à la consommation avaient ouvert le bal : 3,4 % sur un an, et surtout une inflation sous-jacente en léger repli, à 2,5 % contre 2,6 % le mois précédent. Assez pour faire monter le Nasdaq de 0,54 % et le S&P 500 de 0,26 %, le Dow terminant à peine dans le rouge (-0,04 %). Rien de spectaculaire, mais pas de mauvaise surprise non plus.
Le lendemain, les prix à la production ont confirmé. L'indice est resté parfaitement stable sur un mois en juillet, après un recul de 0,3 % en juin, alors que le consensus Reuters attendait +0,2 %. Sur un an, il ressort à 4,7 %, sous les 4,9 % anticipés. Le détail compte : les biens ont baissé de 0,7 %, tirés par une chute de 3,1 % de l'énergie et de 5,7 % des carburants.
La face moins reluisante du rapport, c'est le côté services, en hausse de 0,2 %, avec un bond de 6,5 % des frais de gestion de portefeuille. Cette composante-là ne doit rien à la désinflation : elle grimpe justement parce que les marchés montent. Une partie du soulagement de juillet vient donc de l'essence bon marché, pas d'un refroidissement durable de l'économie.
L'inflation américaine baisse, les taux longs montent
C'est la contradiction du moment. Le rendement du bon du Trésor à dix ans est redescendu à 4,65 %, contre 4,69 % la veille : là, la logique fonctionne, moins d'inflation égale moins de pression sur les taux. Mais l'échéance à trente ans, elle, campe autour de 5,22 %. Sur la partie longue de la courbe, ce n'est plus l'inflation qui décide, c'est la question de la dette.
Pourquoi la dette américaine coûte aussi cher
Une adjudication à 5,216 % que les investisseurs ont quand même achetée
La demande n'a pas fait défaut : le ratio de couverture est ressorti à 2,39, à peine sous les 2,44 du mois précédent. Les acheteurs sont donc toujours là, mais ils exigent un prix. La veille, l'adjudication à dix ans avait déjà signé le coût de financement le plus élevé sur cette maturité depuis 2007.
Près de 40 000 milliards de dollars d'encours
L'explication tient en un chiffre : la dette fédérale américaine approche les 40 000 milliards de dollars, et son poids rapporté au PIB se rapproche de ses records. Plus l'État émet de papier à long terme, plus il doit payer cher pour trouver preneur. Ce mécanisme est indépendant du niveau de l'inflation d'un mois donné.
Une banque centrale qui ne guide plus
La Réserve fédérale devrait laisser ses taux inchangés en septembre, une lecture partagée par Fiona Cincotta (Forex.com) et Bill Adams (Fifth Third). Difficulté supplémentaire : son nouveau président, Kevin Warsh, a posé comme principe de ne plus donner d'indications sur ses intentions futures. Les marchés naviguent donc au chiffre du jour, sans filet.
Une hausse loin d'être uniforme
Le record du S&P 500 masque des écarts violents entre valeurs individuelles lors de la séance de jeudi :
- Cerebras : -11,85 %
- Cisco Systems : -8,40 %
- JD.com : -7,31 %
- Birkenstock : +11,60 %
Ce genre de dispersion, à quelques jours d'intervalle des envolées de CoreWeave (+19,28 %) ou de Super Micro Computer (+19,02 %) mercredi, dit quelque chose : l'indice progresse, mais la sanction tombe vite sur les publications décevantes. C'est un marché record et nerveux à la fois.
Ce que ça change pour un épargnant en France
L'euro s'échangeait à 1,1543 dollar. Pour un PEA ou une assurance-vie exposée aux actions américaines sans couverture de change, une partie de la performance dépend donc autant du billet vert que des indices eux-mêmes. Côté Paris, le CAC 40 avait déjà inscrit un sommet en séance à 8 693,89 points début août : la dynamique n'est pas propre à New York.
Le point à retenir sur les taux longs est plus ambivalent. Des rendements américains élevés améliorent mécaniquement ce que rapportent les fonds obligataires et, avec du retard, les fonds en euros. Mais ils rendent aussi les actions plus chères à justifier et fragilisent les valeurs de croissance, celles qui portent justement l'essentiel de la hausse actuelle.
À surveiller d'ici la réunion de septembre
Deux rendez-vous méritent votre attention : la prochaine publication des prix à la consommation, qui dira si le repli de l'inflation sous-jacente se prolonge au-delà de l'effet carburants, et la décision de la Fed en septembre. Entre les deux, gardez un œil sur le taux à trente ans : s'il s'installe durablement au-dessus de 5,20 %, c'est le signal que le marché obligataire réclame une prime pour la dette américaine, quoi que fassent les prix. Ne réarbitrez rien sur une seule séance record — regardez plutôt si votre exposition aux actions américaines est couverte contre le dollar.
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