Le coût de la canicule, un chiffre que l'Insee n'a pas produit
La ministre de la Transition écologique avance 10 à 15 milliards d'euros de dégâts, mais l'institut statistique dit n'avoir rien calculé — et quatre autres infos ont marqué la semaine économique.
Le coût de la canicule pour la France a été évalué cette semaine entre 10 et 15 milliards d'euros par la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, lors d'une réunion de crise sur la sécheresse tenue le 12 août. Rapporté à l'activité du pays, cela représente jusqu'à un demi-point de produit intérieur brut, c'est-à-dire une bonne partie de la croissance attendue cette année, située autour de 0,7 %.
Le problème n'est pas l'ordre de grandeur, qui reste plausible. C'est la provenance du chiffre. L'Insee a fait savoir qu'il n'était pas à l'origine de ce calcul et qu'il ne disposait d'aucune évaluation des épisodes climatiques de l'été 2026. L'entourage de la ministre a reconnu qu'il s'agissait d'une estimation interne, obtenue en extrapolant les dégâts des canicules passées, sans macroéconomiste extérieur pour la vérifier.
Ce genre de nuance disparaît vite dans les reprises. Elle compte pourtant, parce que ces milliards vont servir d'argument dans les arbitrages budgétaires de la rentrée. Et la semaine a livré quatre autres dossiers qui touchent au portefeuille des Français : une prime de 5 500 euros pour les taxis électriques, un carnet de commandes historique chez Airbus, la bonne tenue de l'économie portugaise et un dossier judiciaire toujours ouvert pour Meta.
D'où sort le coût de la canicule annoncé ?
D'une règle de trois, en somme. La sécheresse de 2022 avait été chiffrée autour de 5,6 milliards d'euros. L'été 2026 ayant été plus long et plus intense, les services du ministère ont appliqué un facteur à cette base. La méthode se défend pour donner un ordre d'idée, mais elle n'a pas la valeur d'un bilan. Les vraies additions demandent des mois : déclarations d'assurance, récoltes pesées, pertes de chiffre d'affaires consolidées.
Ce que la sécheresse a vraiment abîmé
Derrière le chiffre contesté, les dégâts, eux, sont documentés. Trois canaux se cumulent, et aucun ne se règle en septembre.
L'eau qui manque au robinet
À la mi-août, plus de 40 000 personnes étaient privées d'eau potable au robinet dans une cinquantaine de départements. La semaine précédant la réunion de crise, environ 550 000 habitants subissaient déjà des tensions d'approvisionnement, et près de trois millions vivaient dans une zone placée en alerte. Le coût des citernes, des interconnexions d'urgence et des forages retombe sur les communes.
Les champs, les vignes et les vergers
L'agriculture encaisse le choc le plus direct : céréales échaudées, vendanges avancées, fruits et légumes déclassés. Une part est couverte par les assurances récolte et le fonds de solidarité, jamais la totalité. Pour beaucoup d'exploitations, la perte se transforme en trésorerie manquante à l'automne, au moment de payer les intrants de la campagne suivante.
Les centrales et la climatisation
L'électricité subit un double effet désagréable. La demande grimpe avec la climatisation, alors même que plusieurs réacteurs nucléaires réduisent leur puissance faute de débit suffisant dans les fleuves pour le refroidissement. Moins d'offre, plus de demande : le prix de gros s'envole les jours de pointe, et cela finit tôt ou tard dans les tarifs.
5 500 euros pour passer un taxi à l'électrique
Autre décision de la semaine, plus concrète : l'État ouvre une aide à l'achat ou à la location longue durée d'un véhicule 100 % électrique pour les taxis, uniquement sur les commandes passées entre le 1er septembre et le 31 décembre 2026. Quatre mois, pas un de plus. Les conditions principales :
- environ 3 500 euros de base, jusqu'à 5 500 euros si le véhicule et sa batterie sont produits en Europe ;
- véhicule entièrement électrique, respectant le score environnemental français, et pesant moins de 2 400 kg ;
- prix plafonné à 65 000 euros hors options, ce qui autorise de vraies berlines familiales ;
- ouvert aux artisans taxis comme aux sociétés.
Le plafond élevé est le détail malin du dispositif : il évite d'obliger un chauffeur à choisir une citadine incapable d'avaler quatre passagers et leurs valises. Un taxi urbain roulant 40 000 km par an récupère la différence surtout au carburant et à l'entretien, pas à l'achat.
Airbus vend plus vite qu'il ne livre
À Toulouse, le carnet de commandes déborde. En juillet, Airbus a enregistré 204 commandes brutes, portées par le salon de Farnborough, dont 100 A320neo pour le loueur SMBC Aviation Capital et 25 appareils pour la compagnie saoudienne Flynas. La barre des 1 000 avions vendus depuis janvier est franchie. Mais l'avionneur n'a livré que 67 appareils à 39 clients sur le mois, contre 89 en juin.
L'objectif annuel tourne autour de 870 livraisons, ce qui battrait le record de 863 établi en 2019, avant le Covid. Le calcul est cruel : il reste environ 452 avions à sortir sur les cinq derniers mois, soit plus de 90 par mois jusqu'à décembre. Le frein n'est pas la demande, ce sont les moteurs et la chaîne d'approvisionnement.
Meta, un procès qui n'est pas fini
Aux États-Unis, l'affaire antitrust visant Meta reste ouverte. Un juge fédéral avait donné raison au groupe fin 2025, estimant que la FTC n'avait pas démontré une position dominante actuelle, TikTok et YouTube faisant concurrence. L'autorité a fait appel, soutenue par une trentaine d'États. La séparation d'Instagram et de WhatsApp n'est donc pas écartée, même si elle reste peu probable à court terme.
Deux choses à surveiller d'ici l'automne : la première évaluation sérieuse des pertes agricoles, attendue quand les déclarations d'assurance auront été consolidées, et la date limite du 31 décembre pour les taxis. Si vous exercez cette activité, la commande doit être passée avant cette date, pas la livraison reçue — c'est là que la plupart des dispositifs de ce type font des déçus.
Comments 0