Moins de primes des fonctionnaires, une facture bien plus lourde
Un rapport IGF-IGA recense 543 dispositifs pour 19,1 milliards d'euros et chiffre trois scénarios d'économies allant de 1 à 3 milliards.
Les primes des fonctionnaires ont représenté 19,1 milliards d'euros de dépense pour l'État en 2025, selon un rapport conjoint de l'Inspection générale des finances (IGF) et de l'Inspection générale de l'administration (IGA) rendu public en juillet. Le montant frappe, mais le détail le plus parlant est ailleurs : en dix ans, le nombre de dispositifs a diminué, passant de 628 à 543, pendant que la facture, elle, grimpait de 61,8 %.
Autrement dit, l'État a fait le ménage dans le catalogue sans freiner la dépense. Sur la même période, le traitement indiciaire — le salaire de base, celui qui dépend du point d'indice — n'a progressé que de 24,7 %. Résultat : la part de l'indemnitaire dans la rémunération d'un agent de l'État est passée de 20,4 % à 25 %. Un quart de la paie ne dépend donc plus de la grille.
Le rapport a été commandé en février 2026 par le Premier ministre Sébastien Lecornu, avec une consigne simple : remettre de la cohérence dans la politique de rémunération et limiter le nombre de dispositifs. Il arrive dans un contexte budgétaire tendu et chiffre trois scénarios d'économies, de 1 à 3 milliards d'euros. À ce stade, rien n'est tranché : c'est une recommandation d'inspection, pas un texte de loi.
Comment la facture a gonflé sans primes nouvelles
La mécanique est moins mystérieuse qu'il n'y paraît. Depuis 2014, le RIFSEEP — le régime indemnitaire qui tient compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel — a absorbé des dizaines de primes plus anciennes. Le compteur baisse, mais les montants versés à l'intérieur de ce dispositif unifié ont continué de monter, ministère par ministère, corps par corps.
Le ministère de la Transition écologique l'illustre bien : 76 dispositifs en 2015, 24 en 2024. C'est l'un des efforts de simplification les plus poussés de l'État, et la dépense indemnitaire globale a quand même continué de croître. Réduire le nombre de lignes et contenir le coût sont deux exercices différents.
Les primes des fonctionnaires les plus surprenantes
L'inventaire est ce que le rapport apporte de plus neuf : personne n'avait recensé ces dispositifs avec cette précision. Certains pèsent des centaines de millions d'euros, d'autres quelques dizaines de milliers pour une poignée d'agents. C'est cette dispersion, plus que le total, qui alimente l'idée d'un système devenu illisible.
516 000 euros pour moins de dix bénéficiaires
La prime de départ à la retraite des personnels marins a coûté plus de 516 000 euros en 2025, pour moins de dix bénéficiaires. Rapporté à l'agent, c'est l'un des dispositifs les plus généreux de l'État ; rapporté au budget, il est invisible. Ce type de ligne explique pourquoi la mission veut réexaminer les primes les plus anciennes.
486 millions pour l'indemnité de résidence à l'étranger
L'IRE, versée aux agents en poste hors de France, coûte 486 millions d'euros par an pour 6 299 bénéficiaires, soit environ 77 000 euros en moyenne par agent. Elle compense des sujétions réelles, mais ses barèmes et ses écarts figurent parmi les points que le rapport propose de remettre à plat.
La compensation CSG, « temporaire » depuis 2018
Créée en 2018 pour neutraliser la hausse de la CSG, cette indemnité devait s'éteindre d'elle-même. Huit ans plus tard, elle coûte 573 millions d'euros par an et continue d'être versée à des agents recrutés après la réforme, qui n'ont jamais subi la baisse qu'elle compense.
Le rapport relève d'autres signes de dispersion :
- 22 primes rapportent moins de 100 euros par an et par agent ;
- 185 dispositifs concernent moins de 100 agents chacun ;
- environ 10 % des primes en vigueur ont plus de cinquante ans ;
- l'indemnité de télétravail pèse, elle, autour de 30 millions d'euros.
Trois scénarios, de 1 à 3 milliards d'euros
La mission ne propose pas un plan unique. Elle documente trois trajectoires d'économies — 1, 2 ou 3 milliards d'euros — calculées sur une assiette de 14,8 milliards, dont 8,9 milliards seulement sont directement à la charge de l'État, le reste relevant d'opérateurs et d'autres employeurs publics.
Pour situer : 3 milliards d'euros, c'est environ 16 % du total des primes des fonctionnaires versées en 2025. Aucun ministère n'y arrivera en supprimant des micro-primes à 100 euros. Les vraies économies, si elles arrivent, se logeront dans les gros dispositifs — donc dans des feuilles de paie très concrètes.
Ce que ça peut changer sur votre bulletin de paie
Onze recommandations figurent dans le rapport. Deux touchent directement les agents : un relevé social annuel individuel détaillant la composition du régime indemnitaire, et la publication des montants médians de RIFSEEP. Aujourd'hui, beaucoup d'agents ignorent où ils se situent par rapport à leurs collègues de même grade.
Troisième piste, plus contraignante : le gage. Toute création d'une prime devrait s'accompagner de la suppression d'un dispositif existant. Les syndicats, dont la CFDT, demandent que la simplification ne serve pas de couverture à une baisse de rémunération et rappellent un point souvent oublié : les primes ne comptent quasiment pas dans le calcul de la pension, contrairement au traitement indiciaire.
Ce qu'il faut surveiller dans les mois qui viennent
Rien ne s'appliquera automatiquement. Une réforme des primes des fonctionnaires passe par des arrêtés et des décrets, ministère par ministère, précédés en principe d'un passage devant les instances de dialogue social. Le calendrier à suivre est celui du prochain projet de loi de finances, discuté à l'automne : c'est là que ces scénarios deviendront, ou non, des lignes budgétaires.
En attendant, un réflexe utile : reprenez votre bulletin de paie et séparez ce qui relève du traitement indiciaire de ce qui relève de l'indemnitaire. Si le second bloc dépasse le quart de votre net, vous êtes au-dessus de la moyenne de l'État, donc plus exposé à une révision des barèmes. Notez les intitulés exacts de vos primes : ce sont eux qui apparaîtront dans les textes à venir.
Comments 0