Pourquoi le chômage des jeunes frappe plus fort en France

L'OIT recense 67 millions de jeunes sans emploi dans le monde, mais c'est en France que la dégradation va le plus vite.

Pourquoi le chômage des jeunes frappe plus fort en France

Le chômage des jeunes a encore progressé dans le monde en 2025, selon le rapport publié le 11 août 2026 par l'Organisation internationale du travail (OIT). 67 millions de 15-24 ans cherchent un emploi sans en trouver. Le taux mondial est passé de 12,3 % en 2023, son point bas d'après-pandémie, à 12,4 %. Un dixième de point : presque rien. Ce que ce presque rien recouvre est nettement moins rassurant.

Vu de Paris, 12,4 % ferait presque figure de bonne nouvelle. Au deuxième trimestre 2026, l'Insee a mesuré un taux de 21,6 % chez les 15-24 ans actifs, en hausse de 0,4 point sur le trimestre et de 2,5 points sur un an. Toutes classes d'âge confondues, le taux français atteint 8,3 %, son plus haut niveau depuis 2020. Franceinfo relevait que les jeunes sont désormais quatre fois plus touchés que les seniors.

L'écart n'est pas une bizarrerie franco-française : l'OIT situe l'Europe du Nord, du Sud et de l'Ouest à 15 % en 2025, déjà bien au-dessus de la moyenne mondiale. Mais la France fait pire que sa région, et le chômage des jeunes y monte plus vite qu'ailleurs. Deux points et demi en douze mois, quand la planète entière a bougé d'un dixième de point en deux ans.

Ce que l'OIT a réellement mesuré

Le rapport s'intitule « Tendances mondiales de l'emploi des jeunes 2026 » et porte le sous-titre « Retour vers le futur ». Il compare 2025 à 2023. Sur les onze sous-régions du globe, huit ont vu leur taux de jeunes sans emploi augmenter. L'Amérique du Nord passe de 8,3 % à 9,8 %. Les États arabes affichent 26,2 %, le record mondial, soit plus du double de la moyenne planétaire. L'Afrique du Nord suit à 22,6 %.

Le second indicateur est plus parlant, et l'OIT y insiste : 257 millions de jeunes ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ils étaient neuf millions de moins deux ans plus tôt. Cette part, dite NEET, grimpe de 19,7 % à 20 % de la classe d'âge. Un jeune sur cinq dans le monde, donc, sorti à la fois de l'école et du marché du travail.

Pourquoi le chômage des jeunes paraît si élevé en France

Une précision compte avant de s'affoler des 21,6 %. Le taux de chômage ne se calcule que sur les actifs : les jeunes qui étudient sans chercher de travail ne figurent pas au dénominateur. Comme la France scolarise longtemps, la base de calcul est étroite et le pourcentage grossit mécaniquement. Rapporté à l'ensemble des 15-24 ans, le nombre de jeunes sans emploi est bien plus faible qu'il n'y paraît.

Cela n'efface pas la tendance. Le mouvement de 2,5 points sur un an, lui, est réel, et il touche la génération qui arrive sur le marché au moment précis où les embauches de débutants ralentissent. C'est le point central du rapport : la porte d'entrée se referme plus vite que le reste du marché du travail.

Pourquoi le chômage des jeunes frappe plus fort en France

Les trois freins au premier emploi

L'IA grignote les postes de débutants

L'OIT chiffre à 6,1 % la part des emplois occupés par les 15-29 ans fortement exposés aux transformations liées à l'intelligence artificielle. Sukti Dasgupta, directrice du département Emploi de l'organisation, prévient que l'effet direct sur les postes reste incertain, mais qu'il serait imprudent d'en sous-estimer le risque. Les tâches confiées aux juniors — trier, saisir, résumer, vérifier — sont justement les premières automatisées.

Les métiers intermédiaires se raréfient

Le rapport pointe le recul des emplois de milieu de gamme : administratif, secrétariat, vente, production industrielle, support technique. Ce sont historiquement les premières marches de l'échelle, celles par lesquelles on entrait sans diplôme rare ni réseau. Quand elles disparaissent, il ne reste que des postes très qualifiés ou très précaires, et rien entre les deux pour apprendre le métier.

Neuf jeunes sur dix sans contrat dans les pays pauvres

Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, près de neuf jeunes travailleurs sur dix occupent un emploi informel, sans contrat ni couverture sociale. Le chiffre relativise les comparaisons de taux : là-bas, le problème n'est pas de ne rien faire, c'est de beaucoup travailler pour un revenu instable que les statistiques comptent pourtant comme un emploi.

Les 257 millions de jeunes sortis des radars

Le chômage des jeunes ne capte pas ces situations-là. Plus des deux tiers des jeunes ni en emploi ni en formation sont des femmes. En Asie du Sud, une jeune femme a 3,5 fois plus de risques que son homologue masculin de s'y retrouver — l'OIT cite le travail domestique non rémunéré, les discriminations et l'absence d'emplois accessibles. La région culmine à 25,8 % en 2025 et devrait atteindre 26,1 % en 2027.

Une génération qui ne parvient pas à accéder à un travail décent ne peut pas construire son avenir, a déclaré Gilbert F. Houngbo, directeur général de l'OIT, cité par ONU Info.

Ce qu'il faut surveiller dans les prochains mois

Deux rendez-vous comptent. En France, la prochaine estimation trimestrielle de l'Insee dira si les 21,6 % relevaient de l'accident ou du début d'une pente : deux trimestres consécutifs de hausse chez les 15-24 ans changeraient la lecture. À l'échelle mondiale, l'OIT projette une part de NEET encore en progression jusqu'en 2027 dans plusieurs régions.

Concrètement, si vous cherchez un premier poste ou accompagnez quelqu'un qui le fait, visez les fonctions que l'automatisation complète mal — celles qui supposent une présence, une négociation, un geste technique — plutôt que les tâches de bureau standardisées. Et gardez un pied dans un dispositif de formation ou d'alternance : la statistique qui inquiète le plus l'OIT n'est pas le chômage des jeunes, c'est le décrochage de ceux qui ne cherchent plus rien.