Six femmes, deux dossiers : Jean Imbert témoin assisté

Le juge d'instruction a refusé la mise en examen réclamée par le parquet de Paris, mais quatre des six plaintes visant le chef ne comptent déjà plus.

Six femmes, deux dossiers : Jean Imbert témoin assisté

Jean Imbert témoin assisté, et non mis en examen : c'est la décision qu'a rendue un juge d'instruction parisien le mercredi 5 août 2026, au terme de trente-six heures de garde à vue et d'une nuit passée au dépôt du tribunal. Le parquet de Paris, lui, réclamait une mise en examen. Le magistrat instructeur ne l'a pas suivi. Pour le chef, c'est un répit ; pour celles qui l'accusent, une déception de plus.

Derrière cette décision se cache une arithmétique qui explique presque tout du dossier. Six anciennes compagnes ont dénoncé des violences de natures différentes. Pour quatre d'entre elles, les faits semblent prescrits : trop anciens pour que la justice s'en saisisse encore. Il n'en reste donc que deux dans l'information judiciaire ouverte par le parquet de Paris. Autrement dit, les deux tiers des accusations sont sorties du champ pénal avant même qu'un juge ne les examine.

Vainqueur de la troisième saison de Top Chef en 2012, Jean Imbert, 45 ans, n'est pas un cuisinier ordinaire : c'est lui qui a succédé à Alain Ducasse au Plaza Athénée en 2021, avec une étoile au Michelin décrochée l'année suivante. Il conteste la qualification pénale des éléments qui lui sont reprochés et demeure présumé innocent. Son empire de restaurants, en revanche, a déjà commencé à se défaire.

Jean Imbert témoin assisté : ce que ça veut dire

Le statut n'est ni une relaxe ni un blanchiment. Un juge d'instruction y recourt lorsqu'il existe des indices rendant vraisemblable la participation d'une personne aux faits, sans atteindre le seuil des « indices graves ou concordants » exigé pour une mise en examen. Concrètement, le témoin assisté est assisté d'un avocat, accède au dossier, peut réclamer des actes d'enquête et des confrontations. Mais il ne peut pas être renvoyé directement devant un tribunal.

C'est donc une position d'attente, révisable à tout moment. En laissant Jean Imbert témoin assisté, le juge se donne le temps d'instruire sans figer la procédure. Si les investigations font apparaître des éléments plus solides, une mise en examen reste possible à n'importe quel stade, y compris après une confrontation avec les plaignantes.

Six accusatrices, deux dossiers : où sont passées les autres ?

Le parquet de Paris a retenu une qualification précise, et c'est elle qui délimite toute la suite de l'affaire.

Violences habituelles ayant entraîné une incapacité de travail supérieure à 8 jours, par conjoint ou concubin, au préjudice de deux victimes.

Des faits qui remontent à 2012 et 2013

Les récits publiés concernent des relations anciennes. L'ex-comédienne Lila Salet a déposé plainte en août 2025 pour des faits situés en 2012 et 2013. L'ancienne Miss France Alexandra Rosenfeld, qui s'était identifiée publiquement, a porté plainte en février pour des violences physiques et psychologiques durant leur relation, entre 2013 et 2014. Une décennie sépare donc les faits allégués de leur arrivée devant un juge.

Six ans de prescription, trois avant 2017

En France, la plupart des délits se prescrivent aujourd'hui au bout de six ans. Avant la réforme de février 2017, le délai n'était que de trois ans. Des violences commises en 2012 ou 2013 relevaient donc de l'ancien régime, et le compteur a expiré bien avant que la parole ne se libère. C'est mécanique, et cela n'a rien à voir avec la crédibilité des témoignages.

Pourquoi le mot « habituelles » compte

La qualification de violences habituelles n'est pas cosmétique. Elle permet de traiter une série d'actes comme un ensemble, ce qui décale le point de départ de la prescription vers le dernier épisode connu. C'est probablement ce qui a sauvé deux dossiers sur six.

Six femmes, deux dossiers : Jean Imbert témoin assisté

Ce que les enquêteurs ont recueilli

Plusieurs plaignantes ont décrit ce que la justice appelle désormais un contrôle coercitif : surveillance de l'entourage, des sorties, de l'apparence. Des proches ont attesté avoir constaté des traces de morsures, des hématomes, des humiliations répétées, voire un enfermement dans une pièce. Ces éléments ne suffisent pas à eux seuls à caractériser l'infraction, mais ils dessinent un schéma que les magistrats savent lire.

Du Plaza Athénée à Disneyland, un empire qui se fissure

L'enquête du magazine Elle, publiée en avril 2025, a tout déclenché. En août de la même année, le chef annonçait son retrait de ses établissements. En avril 2026, le Plaza Athénée lui a retiré la direction de sa table étoilée, ne lui laissant qu'un rôle de directeur artistique le temps que la procédure avance ; le restaurant qu'il y pilotait a changé de nom et de mains. Restent des adresses très visibles : La Palme d'Or au Martinez à Cannes, étoilée en mars 2025, la table du Mont-Saint-Michel, La Forêt secrète à Disneyland Paris, Dubaï, Saint-Barth.

Que peut-il se passer maintenant ?

L'instruction continue, et ces procédures durent rarement moins de deux ans. Trois issues sont possibles : un non-lieu, une mise en examen suivie d'un renvoi devant le tribunal correctionnel, ou un statu quo prolongé. Rien n'oblige la justice à maintenir Jean Imbert témoin assisté jusqu'au bout. Les parties civiles peuvent aussi faire appel de certaines décisions.

D'ici là, un conseil pratique si vous réservez dans une de ces maisons : le nom sur la devanture ne dit plus qui est en cuisine. Depuis 2025, la plupart de ces tables sont dirigées au quotidien par d'autres chefs. Le point à surveiller dans les prochains mois n'est pas médiatique mais juridique : la première confrontation entre le chef et les deux plaignantes, qui décidera très probablement de la suite.