Un restaurant naturiste facture 100 dollars de plus aux hommes

En Floride, une salle aux vitres occultées organise un dîner entièrement nu chaque premier lundi du mois — avec une grille de tarifs qui serait illégale en France.

Un restaurant naturiste facture 100 dollars de plus aux hommes

Un restaurant naturiste de Floride facture 150 dollars à une femme seule et 250 dollars à un homme seul pour le même repas, le même soir, à la même table. Un couple qui réserve ensemble s'en tire à 300 dollars. L'adresse s'appelle C.L.A.S.S. Soiree Steakhouse, elle se trouve à Hollywood, entre Miami et Fort Lauderdale, et elle réserve ces dîners intégralement nus au premier lundi de chaque mois.

La maison n'est pas un club improvisé. Elle sert des steaks depuis environ huit ans, selon NBC 6 South Florida, et n'a lancé ces soirées que depuis trois mois. Le chef et propriétaire, Murad Ali, parle d'une expérience en cinq services. Quant à la légalité de l'affaire, elle ne repose pas sur une autorisation spéciale, mais sur un détail de menuiserie.

« C'est légal parce que les vitres sont entièrement occultées », explique le propriétaire à la chaîne américaine NBC 6 South Florida.

Vu depuis la France, l'histoire a un goût particulier. Le pays reste la première destination naturiste du monde: 3,7 millions de pratiquants entre 18 et 75 ans, d'après l'enquête Ipsos menée en juillet 2025 pour la Fédération française de naturisme, soit un tiers de plus qu'il y a dix ans. Plus de 450 structures officielles, environ 150 campings, 350 millions d'euros de chiffre d'affaires par an. Et, à table, plus rien depuis 2019.

Ce qui vous attend en franchissant la porte

On n'arrive pas nu, on le devient sur place. Le déroulé, tel que le décrivent NBC 6 et Fox Business, tient en quelques règles simples, et la première surprise est qu'elles ressemblent beaucoup à celles d'un centre naturiste classique: un vestiaire, du linge, et un personnel qui ne joue pas le jeu. Les soirées sont strictement réservées aux adultes.

Le vestiaire d'abord, la salle ensuite

Les convives se présentent habillés, déposent leurs affaires et rejoignent la salle sans vêtements. Tasheba Hart, l'hôtesse qui anime la soirée, dîne elle aussi nue, mais enfile un peignoir quand la climatisation devient trop mordante. Des peignoirs sont d'ailleurs proposés à tout le monde, ce qui laisse à chacun une porte de sortie s'il change d'avis en cours de repas.

Serviette sur les genoux, coussin désinfecté

Côté hygiène, l'établissement fournit des serviettes à poser sur les cuisses et des coussins en cuir désinfectés. C'est exactement la logique des campings naturistes français, où la serviette personnelle sous les fesses est une règle de base plutôt qu'une coquetterie. Rien de neuf, donc, sinon le décor: une vraie salle à manger, avec nappes, couverts et carte des vins.

Les serveurs, eux, restent habillés

Le service travaille en tenue complète, du premier au dernier plat. Là encore, ce n'est pas une pudibonderie de circonstance: O'Naturel, à Paris, appliquait déjà la même règle pour des raisons sanitaires. Les contacts physiques entre clients sont proscrits, et la maison insiste sur ce point auprès des médias américains qui sont venus filmer la soirée.

Pourquoi un homme seul paie 100 dollars de plus

C'est le détail qui accroche l'œil: 100 dollars d'écart pour un dîner identique. Ni le propriétaire ni l'hôtesse n'ont expliqué publiquement ce barème. Ce type de grille se rencontre souvent dans les soirées privées où les organisateurs cherchent à équilibrer le nombre d'hommes et de femmes présents, le tarif servant de robinet plus que de recette. En France, une telle tarification serait juridiquement très fragile: facturer un même service à un prix différent selon le sexe du client relève de la discrimination dans la fourniture d'un service. Ramené en euros, le billet tourne autour de 130 euros pour une femme et de 215 euros pour un homme, au cours actuel.

Un restaurant naturiste facture 100 dollars de plus aux hommes

Pourquoi la France n'a plus de restaurant naturiste

Paris a eu le sien. O'Naturel a ouvert dans le 12e arrondissement le 2 novembre 2017, avec une quarantaine de couverts, une vingtaine de tables, un vestiaire à l'entrée et des menus bistronomiques entre 39 et 49 euros. Il a fermé le 16 février 2019, faute de clients. Un peu plus d'un an d'existence pour le premier restaurant naturiste de la capitale, et personne n'a repris le flambeau depuis. Le billet floridien coûte donc trois à cinq fois le prix d'un menu complet à Paris.

Le vrai obstacle n'est pas la pudeur

Le problème d'un restaurant naturiste, ce n'est pas la gêne des clients, c'est l'arithmétique. Quarante couverts à remplir tous les soirs, un loyer parisien, une clientèle de niche et un ticket moyen de bistrot: la marge d'erreur était nulle. Le steakhouse américain fait exactement l'inverse. Une seule soirée par mois, vendue à l'avance comme un billet d'événement, et le reste du temps une salle qui tourne normalement. Le risque est porté par une soirée, pas par un bail.

Ce qu'il faut surveiller dans les mois qui viennent

La prochaine édition est annoncée pour le lundi 7 septembre. Trois signaux diront si le format s'installe ou s'il rejoint la longue liste des concepts qui ont fait un joli bruit avant de s'éteindre:

  • la régularité — un rendez-vous mensuel tenu six mois d'affilée vaut mieux que trois soirées complètes;
  • le taux de retour des convives, qui sépare la curiosité de l'habitude;
  • l'apparition d'imitateurs, en Floride puis ailleurs, seul vrai signe qu'un marché existe.

Pour un lecteur français, la conclusion est moins exotique qu'il n'y paraît. L'expérience existe déjà ici, mais sous une autre forme: les centres et campings naturistes ont leurs salles de restaurant, avec la même serviette obligatoire et le même personnel habillé. Avant de réserver, vérifiez trois choses — le statut privé du lieu, la politique en matière de photos, et si la nudité y est obligatoire ou seulement tolérée à table.