17 276 places manquent pour les gens du voyage en France
Gabriel Attal veut durcir la loi contre les installations illégales, mais deux tiers seulement des places prescrites par les schémas départementaux existent réellement.
Gabriel Attal a remis les gens du voyage au centre du débat le 4 août, lors d'un déplacement en Vendée, en promettant de durcir la loi contre ce qu'il appelle les installations sauvages, « un pur scandale » selon lui. L'ancien Premier ministre, candidat Renaissance pour 2027, veut une déclaration préalable très détaillée, un registre national des convois à partir de vingt caravanes, un nouveau délit de maintien illicite et des saisies de véhicules. Sa formule de campagne : « Tu dégrades, tu paies ».
Reste l'autre moitié du dossier, celle dont on parle beaucoup moins. Au 31 décembre 2025, la France comptait 34 816 places d'accueil réellement ouvertes pour 52 092 prescrites par les schémas départementaux, d'après les chiffres réunis par le juriste William Acker dans une note publiée sur Mediapart. Il manque donc 17 276 places. Pour les grands passages, 244 aires existent sur 377 prévues, et trente départements seulement tenaient l'ensemble de leurs engagements.
La conséquence est simple à formuler. On s'apprête à sanctionner plus vite un stationnement illégal alors que la place légale correspondante n'a, dans un tiers des cas, jamais été construite. Environ 177 000 personnes vivent en caravane dans de mauvaises conditions en France. Pour elles, la question de l'été n'est pas idéologique : c'est de savoir où poser la caravane le soir.
Ce qu'Attal a annoncé en Vendée
Le dispositif tient en quelques briques. D'abord une déclaration préalable calquée sur celle des manifestations : itinéraire, communes traversées, dates d'arrivée et de départ, nombre de véhicules, responsable du convoi désigné, besoins en eau et en électricité, attestation d'assurance. Sans ce dossier, les forces de l'ordre pourraient empêcher l'arrivée du convoi, puis procéder à son évacuation rapide.
Vient ensuite le registre national, obligatoire à partir de vingt caravanes : un convoi qui accumule les infractions pourrait se voir refuser un passage suivant. S'y ajoutent un délit de maintien illicite permettant d'évacuer sous 48 heures sans passer systématiquement devant un juge, et la saisie immédiate des véhicules en cas de branchement illégal à l'eau ou à l'électricité.
Le chiffre qui manque au débat : 244 aires sur 377
Les données officielles racontent la même histoire depuis des années. Fin 2024, seuls douze départements étaient à jour de leurs obligations, avec 81 % des aires permanentes et 66 % des aires de grand passage effectivement réalisées. Fin 2025, la note d'Acker en compte trente. La progression existe, mais elle reste marginale : vingt-cinq ans après la loi Besson de 2000, un tiers des places promises n'a pas vu le jour.
Grand passage ou halte familiale : deux réalités
Le débat public confond deux situations très différentes, ce qui explique une bonne partie des malentendus.
Les grands passages se préparent des mois à l'avance
Ce sont des rassemblements de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de caravanes, souvent liés à des réunions religieuses, annoncés aux préfectures longtemps en amont. Ils sont déjà encadrés, déjà négociés, déjà déclarés. Y ajouter une couche de formalisme ne change pas grand-chose tant que le département n'a pas construit l'aire capable de les accueillir.
Les petits groupes n'ont presque rien
Une famille de six caravanes qui suit un chantier saisonnier ne relève pas du grand passage. Elle passe sous le seuil des vingt caravanes, donc hors registre, mais reste exposée à l'évacuation accélérée. La note d'Acker soulève aussi une objection juridique : un convoi n'a pas de définition légale, sa composition change en route, et sanctionner un groupe entier pour les actes de quelques-uns heurte le principe selon lequel chacun ne répond pénalement que de ses propres faits.
Où peuvent s'arrêter les gens du voyage aujourd'hui ?
Quatre solutions légales existent, et aucune n'est disponible partout. Les aires permanentes, ouvertes toute l'année contre une redevance. Les aires de grand passage, saisonnières. Les terrains familiaux locatifs, pensés pour la sédentarisation. Enfin, les terrains privés, où le plan local d'urbanisme interdit souvent l'installation de caravanes. Là où rien de tout cela n'a été réalisé, il ne reste que l'occupation illicite.
C'est la question que pose William Acker à toutes les propositions de durcissement :
Où une famille arrivant demain dans un département peut-elle légalement s'arrêter ?
Le Sénat a déjà tranché en février
Attal arrive après la bataille parlementaire. Le 10 février 2026, le Sénat a adopté par 235 voix contre 101 la proposition de loi du sénateur Damien Michallet (LR, Isère) sur les installations illicites, désormais transmise à l'Assemblée nationale. Le texte rétablit le pouvoir du maire d'interdire le stationnement hors des aires aménagées et de déclencher l'évacuation forcée, assouplit les délais imposés aux collectivités, crée une redevance et touche aux obligations SRU et ZAN.
Ce qu'il faut surveiller d'ici la présidentielle
Trois signaux méritent l'attention. Le calendrier d'examen du texte Michallet à l'Assemblée, d'abord. Ensuite, la présence ou non, dans une future loi, d'une échéance contraignante de construction en face des nouvelles sanctions : sans elle, on crée une procédure de refus sans solution de repli. Enfin, la nature exacte du registre national, un objet qui rappelle les titres de circulation supprimés en 2017.
Si vous êtes élu local ou riverain concerné, le document utile n'est pas le programme d'un candidat : c'est le schéma départemental d'accueil et d'habitat, consultable en préfecture, qui indique commune par commune ce qui devait être construit et ce qui l'a été. C'est là que se joue vraiment l'été prochain.
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