2 000 étudiants à recaser au cégep de Saint-Laurent

Un troisième bâtiment du collège montréalais est condamné en moins de trois ans, et les laboratoires comme les ateliers de génie n'ont nulle part où aller.

2 000 étudiants à recaser au cégep de Saint-Laurent

Le cégep de Saint-Laurent, à Montréal, a fermé son pavillon C en urgence à la mi-août, sur la recommandation d'experts en structure de bâtiment. La décision est tombée un mardi, à quelques semaines de la rentrée d'automne. Plus de 2 000 étudiants et une bonne partie du personnel voient leur session bousculée. Les salles et les laboratoires du bâtiment sont interdits d'accès, sans date de réouverture annoncée.

Pour un lecteur français, un mot d'explication s'impose. Le cégep, c'est l'étage du système québécois qui s'intercale entre le lycée et l'université. On y entre vers 17 ans, pour deux ans de préuniversitaire ou trois ans de formation technique. Ce n'est ni un lycée ni une fac : c'est un établissement public à part entière, avec ses campus, ses laboratoires et ses ateliers de machines.

Et c'est justement là que ça coince. Le pavillon condamné abrite les laboratoires des sciences de la nature et les gros équipements des techniques de génie électrique et mécanique. Ces machines ne se transportent pas au bout d'un couloir. La direction assure que tous les cours seront maintenus pour l'année scolaire et promet de dévoiler ses scénarios dès que possible. Reste la vraie question : où ?

Une fermeture décidée en quelques heures

Il ne s'agit pas d'un chantier planifié de longue date. L'établissement a agi par prévention, après l'avis des spécialistes, pour protéger sa communauté. Ce type de décision se prend vite quand un rapport évoque un problème de structure : on vide d'abord, on réfléchit ensuite. Le calendrier, lui, est impitoyable — la fermeture tombe pile au moment où les emplois du temps sont bouclés et les groupes constitués.

Pourquoi la réparation prendra des années

Du côté du syndicat du personnel de soutien, on a appris que le problème structurel pourrait mettre des années à être réglé. Rien d'étonnant pour qui connaît ce genre de dossier : entre l'expertise, les plans, les appels d'offres et les travaux eux-mêmes, un bâtiment public condamné ne rouvre presque jamais en une saison.

Des machines-outils qu'on ne déménage pas

Les ateliers de génie mécanique reposent sur des équipements lourds, ancrés au sol, alimentés et calibrés sur place. Les déplacer suppose un local aux bonnes dimensions, avec le bon plancher, la bonne puissance électrique et la bonne ventilation. Autant dire qu'un espace pareil ne se dégote pas en trois semaines, encore moins dans un collège déjà à l'étroit.

Des laboratoires qui ne tiennent pas dans une salle de cours

Même logique pour les sciences de la nature : paillasses, hottes aspirantes, arrivées de gaz, stockage réglementé des produits chimiques. Une salle banale ne remplace pas un labo. C'est là que la promesse du maintien de tous les cours sera vraiment testée, parce qu'un cours de chimie sans manipulation cesse d'être le même cours.

Trois fermetures au cégep de Saint-Laurent

C'est la troisième fois en moins de trois ans qu'un secteur de l'établissement est mis hors service. En décembre 2023, le pavillon B avait déjà été fermé, là aussi après l'avis d'experts en structure. Peu de temps après, une partie du pavillon A était évacuée pour des travaux. Un incident isolé, ça se gère. Trois en trois ans, cela ressemble à un patrimoine bâti arrivé au bout du rouleau.

2 000 étudiants à recaser au cégep de Saint-Laurent

Ce que redoutent vraiment les personnels

La crainte exprimée par les syndicats ne porte pas sur la fermeture elle-même, mais sur la façon dont on va la compenser. Quand il manque des murs, la solution la plus simple consiste à étaler les cours en soirée ou à basculer une partie en ligne. Pour des filières techniques construites sur la pratique, le compromis coûte cher en qualité.

Ça nous préoccupe énormément.

La formule vient du syndicat du personnel de soutien, cité par les médias québécois. Derrière, une réalité très concrète : des horaires qui glissent vers 21 heures, des étudiants qui travaillent à côté de leurs études, des groupes de travaux pratiques qu'on dédouble faute de place, et des enseignants qui courent d'un site à l'autre.

Pourquoi cette histoire résonne en France

Le scénario est familier de ce côté-ci de l'Atlantique. Un bâti vieillissant, un entretien repoussé d'un budget à l'autre, puis une expertise qui impose la fermeture du jour au lendemain. Universités et lycées français connaissent la même mécanique, où le retard de maintenance finit par coûter bien plus que l'entretien qu'on a économisé. La différence tient ici à l'échelle : 2 000 étudiants, c'est un lycée entier privé de ses salles en pleine rentrée.

Ce qu'il faut surveiller maintenant

Trois signaux diront si la promesse tient. Ils devraient arriver dans les prochaines semaines, au fur et à mesure que le cégep de Saint-Laurent publiera ses arbitrages.

  • Les scénarios de relogement : location de locaux à l'extérieur, partage avec un autre établissement, ou simple élargissement des plages horaires.
  • Le sort des travaux pratiques et des laboratoires, seul indicateur fiable de la qualité maintenue.
  • Le montant que Québec mettra en face, et le calendrier réel des travaux de structure.

Si vous avez un proche inscrit là-bas, attendez la communication officielle avant de modifier quoi que ce soit : les cours sont maintenus, ce sont les lieux et les horaires qui bougent. Et si vous suivez le dossier de plus loin, retenez la leçon générale — une fermeture surprise en août est presque toujours la facture d'un entretien reporté depuis dix ans.