Pourquoi la réforme du tronc commun retarde le choix d'un métier
En Belgique francophone, la rentrée d'août 2026 supprime l'aiguillage précoce des élèves de première secondaire et repousse le choix d'une filière à 15 ans.
À Laeken, au nord de Bruxelles, la rentrée d'août 2026 ne ressemblera à aucune autre, parce que la réforme du tronc commun s'applique enfin à tous les élèves qui entrent en première secondaire. L'ancienne première « différenciée », qui séparait dès douze ans les enfants jugés en retard des autres, disparaît. Tout le monde suit désormais le même programme, et le moment de choisir un métier recule de plusieurs années.
Le calendrier a été bouclé au forceps. Le texte a été voté les 27 et 28 mai 2026, et le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé en juin, en première lecture, la suite du dispositif pour les deuxième et troisième années. La ministre de l'Éducation Valérie Glatigny (MR) porte le chantier, sous l'autorité de la ministre-présidente Élisabeth Degryse (Les Engagés).
Les montants disent l'ambition : 25 millions d'euros pour l'accompagnement renforcé, avec la possibilité d'un second enseignant dans la classe, et 7,5 millions de plus pour le soutien personnalisé des élèves fragiles. Pour un lecteur français, l'expérience mérite le détour. La France se débat avec exactement les mêmes questions : à quel âge orienter, et comment faire pour que la voie professionnelle cesse d'être un lot de consolation.
Ce qui change dans l'emploi du temps
La grille horaire de la première secondaire est fixée. Six périodes de français et langues anciennes, cinq de mathématiques, quatre de langues modernes, quatre d'histoire-géographie, trois de sciences. Et trois périodes d'un bloc baptisé FMTTN — formation manuelle, technique, technologique et numérique — dont deux consacrées aux compétences digitales. C'est le morceau nouveau : du travail des mains et de l'outil informatique inscrits dans le socle de tous, pas seulement de ceux qu'on a déjà rangés dans le technique.
Où va l'argent de la réforme du tronc commun
Les 32,5 millions d'euros de la réforme du tronc commun ne servent pas à construire des bâtiments. Ils financent de la présence humaine : un deuxième adulte devant la classe quand c'est nécessaire, et du soutien ciblé pour les élèves qui décrochent. S'y ajoutent 14 heures d'activités d'orientation réparties sur les « journées blanches », ces journées sans cours classiques, et un carnet de bord où chaque élève consigne ses expériences et ses centres d'intérêt. Valérie Glatigny a précisé qu'il ne s'agissait pas de stages, mais de rencontres avec des centres de métiers ou des professionnels du quartier.
À quoi ressemblent les écoles de Laeken
Laeken n'est pas un quartier de vitrine. C'est un tissu dense, multiculturel, où les établissements secondaires jouent le rôle d'ascenseur ou de filet, selon les années. Trois écoles y résument à elles seules l'éventail de l'offre francophone.
Trois établissements, un même code postal
L'Athénée Royal de Bruxelles 2 accueille de la première à la septième année, en général, technique et professionnel. L'Institut Paul Henri Spaak, organisé par la Ville de Bruxelles, fonctionne sur deux implantations laekenoises et couvre le général, la transition technique et le qualifiant. L'Athénée Royal de la Rive Gauche complète le tableau avec le général, le technique, le professionnel et l'alternance.
L'informatique entre par la porte technique
Paul Henri Spaak a ouvert une section « transition technique — informatique » en troisième et en cinquième secondaire. Le principe est intéressant : un socle général solide, doublé d'un apprentissage concret du numérique, sans obliger l'élève à trancher entre les études supérieures et l'emploi immédiat. Les inscriptions y démarrent début février, bien avant la rentrée d'août.
L'alternance, la voie dont on parle le moins
Le système « école-entreprise » reste marginal dans les statistiques mais change des trajectoires. Un élève partage sa semaine entre les cours et un employeur réel, avec un contrat à la clé. En France, l'apprentissage a explosé grâce aux aides publiques ; côté belge francophone, il reste discret et dépend beaucoup de l'école qui le propose.
Le qualifiant n'est plus un lot de consolation
C'est le vrai pari de la réforme. Après le tronc commun, l'élève choisit entre la transition, qui mène au supérieur, et le qualifiant, qui mène à un métier — deux parcours de trois ans, de la quatrième à la sixième. Les chiffres du Pacte pour un Enseignement d'excellence donnent l'échelle : en 2021-2022, 112 317 élèves étaient inscrits dans le qualifiant, répartis entre 543 écoles techniques et professionnelles, avec 416 options couvrant dix secteurs et 173 métiers organisés. Les filles y représentaient 46,2 %.
La logique pédagogique a changé, elle aussi. On valide par blocs plutôt que par année entière.
Le processus de formation est organisé en unités d'apprentissage qui sont validées progressivement.
Conséquence concrète : le redoublement entre la cinquième et la sixième devient rare, et des stages obligatoires clôturent le parcours pour limiter le décrochage. Dix bassins Enseignement-Formation-Emploi consultent désormais les employeurs pour décider quelles options ouvrir, au lieu de laisser chaque école se positionner seule.
Ce que la France peut y voir
L'alignement est frappant. En France, le grand tri se joue à la fin de la troisième, vers quinze ans. La Belgique francophone, qui séparait ses élèves nettement plus tôt, arrive au même point de bascule — mais par le haut, en donnant à tous trois années de plus avant de décider. C'est l'inverse du réflexe habituel, qui consiste à orienter vite les élèves en difficulté « pour leur bien ».
Reste que rien n'est joué. La RTBF souligne que le chantier 2026-2028 avance avec beaucoup d'incertitudes, et une tribune parue dans La Libre en juin dernier reprochait au gouvernement de raboter la réforme avant même qu'elle ait atteint sa maturité. Le point à surveiller, c'est la troisième année : si le tronc commun s'arrête avant d'y arriver, l'aiguillage précoce reviendra par la fenêtre. Si vous suivez l'orientation de près, en Belgique comme en France, guettez deux signaux dans les mois qui viennent — la deuxième lecture des textes pour les deuxième et troisième secondaires, et le nombre réel de seconds enseignants effectivement affectés dans les classes. Le budget est voté ; les postes, eux, se comptent à la rentrée.
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