Billie Chedid a ouvert pour Vanessa Paradis, puis l'a contredite
À 24 ans, la fille de Matthieu Chedid revendique son statut d'enfant de star et refuse qu'on lui invente des obstacles.
Le 9 juin dernier, aux Nuits de Fourvière à Lyon, Billie Chedid assurait la première partie de Vanessa Paradis. Treize jours plus tard, le 22 juin, Paradis expliquait sur le plateau de C à vous qu'être enfant de star tenait plutôt du « handicap ». La jeune chanteuse, elle, n'a pas voulu de cette version des faits.
« Quand des gens se permettent de parler à notre place et assurer que la marche est plus difficile pour nous, c'est faux », a-t-elle répondu au micro de RFI, en marge des Francofolies de La Rochelle cet été. Une phrase qui tranche dans un milieu où la question se règle d'habitude par une pirouette et un sourire gêné.
Elle a 24 ans. Son père est Matthieu Chedid, alias -M-. Son grand-père, Louis Chedid. Son arrière-grand-mère, la poétesse Andrée Chedid. Sa mère, Céline Bary, est réalisatrice. Autrement dit : quatre générations d'artistes derrière elle avant même d'avoir chanté une note. Elle le dit sans détour plutôt que de faire semblant d'être partie de zéro.
Ce que Vanessa Paradis a dit, et pourquoi ça a piqué
Sur le plateau de France 5, Vanessa Paradis reconnaissait que le nom « ouvre les portes », tout en ajoutant que le travail restait entier, « au même titre que les autres ». Rien de scandaleux sur le papier. Sauf que le mot « handicap », lui, a mal passé : il transforme un avantage de départ en fardeau, et efface les milliers de musiciens qui n'ont ni carnet d'adresses ni studio familial.
La réponse est d'autant plus notable qu'elle vient d'une artiste qui doit encore tout construire, et qui aurait eu tout intérêt à ménager une tête d'affiche pour laquelle elle venait de jouer. Elle a fait l'inverse, publiquement, deux semaines après.
« Le fait que je sois une nepo baby, c'est la vérité et je l'assume totalement. J'ai tellement conscience de mon privilège. »
Qui est Billie Chedid en dehors du nom de famille
Née le 1er mai 2002, elle monte pour la première fois sur une grande scène en décembre 2017, à l'Accor Arena, pour la dernière du Lamomali de son père. Elle a alors 15 ans. Deux ans plus tard, on l'entend aux chœurs sur huit titres de Lettre infinie, l'album de -M- sorti en 2019.
Entre 2020 et 2022, elle passe par l'American School of Modern Music à Paris : jazz, harmonie, composition. Ce détail compte, parce qu'il contredit l'image du démarrage par simple transmission. Sa musique, d'ailleurs, ne ressemble pas à celle de la maison : dream pop et post-punk, Cocteau Twins, Joy Division, le Velvet Underground, avec Françoise Hardy en fil rouge français. Elle signe chez Voie 17 et se produit sous le seul prénom « billie ».
Deux EP en moins de dix-huit mois
Le rythme de sortie est celui d'une artiste qui construit vite, sans attendre l'album consacrant. Elle a d'abord semé des singles — « ami imaginaire » et « j'avance » en 2024, « sarah sahara » et « invisible » en 2025 — avant de rassembler tout ça en formats courts.
j'avance, janvier 2025
Premier EP solo, sorti en début d'année dernière. C'est le disque qui la fait exister ailleurs que dans une biographie, avec un titre qui sonne comme une déclaration d'intention plutôt qu'un hommage familial.
à ce que les autres pensent de moi, le 1er mai 2026
Le second EP est arrivé au printemps, avec trois titres mis en avant : « mes dégâts », « les projecteurs », « les adieux ». Détail que personne n'a relevé : la date de sortie, le 1er mai, est aussi celle de son anniversaire. Le disque est paru le jour de ses 24 ans, et il parle précisément du regard des autres.
Une pochette signée par une autre fille de star
La couverture du disque a été réalisée par Sahteene Sednaoui, fille de Laetitia Casta et du photographe Stéphane Sednaoui, elle-même en train de se lancer dans la musique. Le milieu tourne en circuit court, et cette pochette en est la preuve la plus littérale.
Pourquoi ce débat ne retombe pas en France
Le terme « nepo baby » est né aux États-Unis fin 2022, mais il colle particulièrement bien à la chanson française, où les dynasties sont anciennes et assumées : les Chedid, les Gainsbourg, les Hallyday. La différence, aujourd'hui, c'est que le public a les outils pour vérifier une trajectoire en trois clics. Nier l'avantage ne marche plus, et le reconnaître devient la seule position tenable.
Reste la vraie question, celle que l'aveu ne résout pas : est-ce que la musique tient debout toute seule ? Sur ce point, les salles répondront mieux que les interviews.
Où l'entendre d'ici la fin de l'année
Après un été de festivals — Fourvière en juin, les Francofolies de La Rochelle en juillet — elle repart en tournée à l'automne. Parmi les villes annoncées :
- Annecy
- Lille
- Strasbourg
- Metz
- Bruxelles
Une date parisienne est prévue le 27 novembre à la Maroquinerie, selon PureBreak. Le contraste vaut le déplacement : la même artiste qui chantait à 15 ans dans l'une des plus grandes salles de Paris joue aujourd'hui devant quelques centaines de personnes, avec son propre répertoire.
Le vrai test arrivera en 2027, avec un premier album et la taille des salles qu'elle remplira seule. En attendant, écoutez les deux EP dans l'ordre : l'écart entre « j'avance » et « les adieux » en dit plus long sur ce qu'elle vaut que n'importe quel débat sur son nom de famille.
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