Fréquentation des cinémas : 6,4 millions d'entrées en 7 jours
Les salles françaises viennent de vivre leur meilleure semaine d'été depuis vingt-cinq ans, portées par une poignée de très gros films américains — mais le cinéma français s'en sort mieux qu'en 2019.
La fréquentation des cinémas français vient d'atteindre un rythme que le secteur n'avait plus connu depuis un quart de siècle. Entre le 29 juillet et le 4 août, 6,4 millions de spectateurs ont poussé la porte d'une salle en une seule semaine, du jamais-vu pour un été depuis vingt-cinq ans selon la Fédération nationale des cinémas français. Depuis le 1er juillet, la moyenne tourne autour de 640 000 entrées par jour.
Trois journées ont même dépassé le million de billets vendus : le 29 juillet, puis les 1er et 2 août. Les chiffres officiels confirment l'emballement. Le Centre national du cinéma a comptabilisé 17,53 millions d'entrées sur le seul mois de juillet, contre 14,30 millions un an plus tôt, soit une progression de 22,6 %. Sur sept mois, le compteur affiche 107,98 millions d'entrées, en hausse de 20,5 % sur un an.
Pourquoi s'y intéresser ? Parce que l'exploitation française sortait de plusieurs saisons incertaines, pendant lesquelles on se demandait sérieusement si le public reviendrait après le Covid et l'installation du streaming dans les salons. La réponse de cet été est sans ambiguïté. Mais elle vient surtout d'un côté de l'Atlantique : sur les 24 films ayant franchi le million d'entrées depuis janvier, 16 sont américains.
Quels films ont rempli les salles cet été
Un été de records ne se fabrique pas avec une longue liste de titres moyens. Il tient à quelques locomotives qui ramènent en salle des gens qui n'y vont plus qu'une ou deux fois par an. Cette saison, trois catégories de films ont fait presque tout le travail.
L'Odyssée devient le plus gros Nolan français
Le film de Christopher Nolan a réuni 5,7 millions de spectateurs, ce qui en fait son plus grand succès en France. Il dépasse Inception, sorti en 2010, qui détenait ce titre depuis quinze ans. Pour un film long, en costumes et sans suite préexistante, c'est un résultat qui n'était écrit nulle part et qui doit beaucoup au bouche-à-oreille.
Spider-Man réalise le meilleur démarrage depuis 2019
Spider-Man: Brand New Day a rassemblé 5,1 millions d'entrées en deux semaines seulement. C'est le meilleur démarrage enregistré en France depuis 2019, autrement dit depuis l'avant-Covid. Là où Nolan a monté en puissance semaine après semaine, le Marvel a saturé les salles dès le premier week-end, avec des séances ajoutées tard le soir.
Les familles, moteur discret de juillet
Moins commentée, l'offre jeunesse a fait un travail de fond considérable. Toy Story 5 en est à 4,2 millions d'entrées, Les Minions à 2,7 millions depuis juin, et La Pat' Patrouille a attiré 718 000 spectateurs en une seule semaine. Ces films remplissent les séances de l'après-midi, celles qui font vivre les salles hors des grands soirs.
Le paradoxe du film français
On pourrait croire que les productions américaines ont écrasé le marché. La réalité est plus intéressante. Sur les sept premiers mois de 2026, les films français captent 39,8 % des entrées, contre 46,8 % pour les américains et 13,4 % pour le reste du monde. Et surtout : en juillet, 26 films français sont sortis en salle, contre seulement 7 américains.
Autrement dit, le cinéma français fournit le volume et la diversité de la programmation, pendant que quelques titres américains fournissent le trafic. La Bataille de Gaulle, le diptyque d'Antonin Baudry sur le général, avec Simon Abkarian, cumule 4,7 millions d'entrées sur ses deux parties. Un film d'histoire française qui joue dans la même catégorie qu'un Marvel, ce n'est pas si courant.
Pourquoi la fréquentation des cinémas reste sous 2019
Ce point mérite d'être posé, parce qu'il manque souvent dans les bilans enthousiastes. Sur douze mois glissants, d'août 2025 à juillet 2026, la France a enregistré 174,52 millions d'entrées. En 2019, année de référence d'avant-pandémie, les salles avaient vendu 213,3 millions de billets — deuxième meilleur niveau depuis 1966, derrière les 217,2 millions de 2011. L'écart reste donc d'environ 18 %.
Ce sont des niveaux de fréquentation qui sont hallucinants, résume Stéphane Landfried, chargé du développement technique à la FNCF.
Éric Marti, directeur de Rentrak France, table sur 185 à 190 millions d'entrées d'ici décembre. Ce serait le meilleur total depuis le Covid, mais encore une douzaine de pourcents sous 2019. Le rebond est réel, la reconquête n'est pas terminée.
Ce qu'il faut surveiller d'ici décembre
Pour atteindre le haut de la fourchette, il faudra vendre environ 82 millions de billets en cinq mois, soit plus de 16 millions par mois en moyenne. C'est jouable, mais septembre et octobre sont traditionnellement les mois les plus fragiles de l'année. Trois signaux valent la peine d'être suivis :
- la tenue du mois de septembre, une fois les gros titres estivaux épuisés ;
- la part de marché française en fin d'année, à comparer aux 35,0 % de 2019 ;
- le calendrier des sorties américaines de fin d'année, très concentré sur novembre et décembre.
Côté spectateur, la conséquence pratique est simple : les séances du week-end sur les grosses sorties se remplissent désormais plusieurs jours à l'avance, ce qui n'était plus le cas depuis 2019. Si un film vous tient à cœur, réservez, ou visez une séance en semaine et en journée — c'est là que les salles ont encore de la place, et souvent au tarif le plus bas.
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