Soudain de Hamaguchi filme une méthode de soin française

Récompensé à Cannes et sorti le 12 août, le premier film en français du réalisateur de « Drive My Car » place Virginie Efira au cœur d'une pratique de soin inventée en France et adoptée au Japon.

Soudain de Hamaguchi filme une méthode de soin française

Soudain de Hamaguchi est arrivé dans les salles françaises le 12 août, et c'est sans doute le seul film de l'été qui réclame 3h16 à son spectateur pour raconter une maison de retraite. Le cinéaste japonais y filme Virginie Efira en directrice d'un Ehpad de la région parisienne, décidée à y installer une pratique du soin appelée humanitude. Quatre principes, pas un de plus : le regard, la parole, le toucher, le respect de la dignité.

Le film a été présenté en compétition à Cannes le 15 mai, et le jury a offert le prix d'interprétation féminine à ses deux actrices, Virginie Efira et la Japonaise Tao Okamoto, ex-mannequin passée par Hollywood. C'est le premier long-métrage tourné en français par Ryūsuke Hamaguchi, 47 ans, qui l'a coécrit avec Léa Le Dimna. Le tournage s'est étalé du 30 juin au 6 septembre 2025, entre Paris et Kyoto.

Ce détail change tout : l'humanitude n'est pas une invention japonaise que le réalisateur aurait ramenée dans ses valises. Elle a été mise au point en France par Yves Gineste et Rosette Marescotti, puis massivement adoptée dans les établissements japonais. Autrement dit, un cinéaste de Tokyo vient nous filmer une méthode née chez nous, que beaucoup de familles françaises confrontées à l'Ehpad n'ont jamais entendu nommer.

Ce que raconte Soudain de Hamaguchi

Marie-Lou Fontaine, jouée par Efira, dirige un établissement pour personnes âgées et tente d'y faire passer sa conception du soin, contre les habitudes et le manque de temps. Sa rencontre avec Mari Morisaki, metteuse en scène de théâtre japonaise atteinte d'un cancer, fait dérailler sa trajectoire. Les deux femmes deviennent amies et mènent ensemble un combat que le film résume par une formule : rendre possible l'impossible.

Le scénario s'appuie sur un recueil de lettres bien réel, échangées entre une philosophe japonaise atteinte d'un cancer du sein métastatique et l'anthropologue Maho Isono, publié en 2019. Le film se parle en français et en japonais, ce qui a demandé un travail considérable à Virginie Efira, césarisée en 2023 pour « Revoir Paris ».

Le niveau de japonais qu'elle a pu atteindre est assez incroyable, a déclaré Ryūsuke Hamaguchi à franceinfo à propos de sa comédienne.

L'humanitude, un soin français exporté au Japon

La méthode ne tient pas du miracle technologique. Elle repose sur des gestes que n'importe qui peut décrire, mais qui disparaissent les premiers quand une équipe manque de bras. C'est précisément ce que le film met en scène : la difficulté n'est jamais de comprendre le principe, elle est de le tenir un mardi matin, à sept heures, avec trente résidents à lever.

Regard, parole, toucher, dignité

Se mettre à hauteur d'yeux avant de parler. Annoncer ce qu'on va faire avant de toucher. Ne jamais soigner quelqu'un en silence comme on manipulerait un objet. Les quatre piliers défendus par Gineste et Marescotti visent surtout les troubles cognitifs, où l'agitation d'un résident est souvent une réponse à une approche brutale plutôt qu'un symptôme.

Un label né en France, des Ehpad japonais convaincus

En France, la démarche est portée par un réseau d'instituts de formation régionaux et par le Label Humanitude, présenté par l'association Asshumevie comme le premier label de bientraitance du pays. Au Japon, la pratique s'est diffusée largement dans les établissements. Le film fait donc voyager une idée dans les deux sens, ce qui explique en partie sa coproduction entre la France, la Belgique, l'Allemagne et le Japon.

Soudain de Hamaguchi filme une méthode de soin française

Faut-il vraiment tenir trois heures seize ?

196 minutes, sans entracte. Pour Hamaguchi, ce n'est même pas un record : « Senses » dépassait les cinq heures et sortait en France découpé en parties. Sa durée reste un vrai obstacle pratique. Un multiplexe cale deux ou trois séances par jour là où il en programme cinq pour un film de 1h40, et la fenêtre de diffusion se referme donc plus vite.

Un prix à Cannes, une troisième place en salles

À sa sortie, le film s'est classé troisième au box-office français, un résultat solide pour une œuvre de cette longueur en plein mois d'août. La presse suit : AlloCiné affiche 4,4 sur 5 sur la base de 36 critiques, et 4,1 sur 5 côté spectateurs. Distribué par Diaphana en France, le film était déjà sorti au Japon le 19 juin.

Le parcours rappelle celui de « Drive My Car », prix du scénario à Cannes en 2021 puis Oscar du meilleur film international, qui avait trouvé son public sur plusieurs mois plutôt qu'en une semaine. Hamaguchi construit ses succès lentement, par le bouche-à-oreille.

Ce qu'il faut surveiller dans les semaines à venir

Si le sujet vous parle, ne traînez pas : vérifiez les horaires de votre salle art et essai plutôt que ceux du multiplexe le plus proche, car c'est là que ce genre de film tient le plus longtemps à l'affiche. Et si vous accompagnez un proche en établissement, la vraie question à poser en visite n'est pas le taux d'encadrement, mais si l'équipe a été formée à ces gestes-là.