Le Chinook bombardier d'eau arrive avec ses pompiers australiens

Engagé pour la première fois en France le 14 août sur l'incendie de Luglon, l'hélicoptère lourd prêté par l'Australie restera basé à Mont-de-Marsan jusqu'à fin septembre.

Le Chinook bombardier d'eau arrive avec ses pompiers australiens

Pour la première fois en France, un Chinook bombardier d'eau a largué sur un feu de forêt : c'était le jeudi 14 août 2026, au-dessus de Luglon, dans les Landes. L'appareil est un CH-47D immatriculé N47CU, venu d'Australie, exploité par la société Coulson Aviation et accompagné d'un équipage du service des pompiers ruraux de Nouvelle-Galles du Sud. Il vide 11 300 litres en un seul passage.

Le sinistre n'avait rien d'anecdotique. Parti le 13 août, il avait parcouru environ 1 100 hectares en moins de vingt-quatre heures et s'était approché à quelque deux kilomètres du bourg. Le lendemain, le bilan montait à près de 1 300 hectares répartis sur deux zones. Environ 550 sapeurs-pompiers et 51 gendarmes étaient engagés, et 550 habitants de Luglon et Garein ont été évacués par précaution.

L'hélicoptère a décollé dès 9 heures, accompagné d'un Bell 412 de reconnaissance, avant que quatre Canadair ne prennent le relais sur le flanc ouest en début d'après-midi. Il stationne sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan depuis le 10 août et doit rester en France jusqu'à la fin septembre, soit tout le reste de la saison à risque.

Le Chinook bombardier d'eau, mode d'emploi

Sur le papier, c'est un hélicoptère de transport lourd militaire, le même engin à deux rotors qui sert d'ordinaire à poser des troupes ou du fret. Converti à la lutte contre l'incendie, il reçoit une cuve ventrale et une écope. Trois différences très concrètes expliquent pourquoi les pompiers landais l'ont vu arriver avec soulagement.

Il s'arrête au-dessus du foyer

Un avion passe, puis repart. Un hélicoptère, lui, tient le vol stationnaire et lâche sa charge exactement là où il faut, à quelques mètres près. Sur un feu qui remonte vers des maisons, cette précision vaut souvent mieux qu'un gros volume mal placé. C'est aussi ce qui autorise le travail de nuit, alors que les avions français ne larguent pas après la tombée du jour.

Un plein d'eau en une minute et demie

L'appareil se ravitaille sur n'importe quel point d'eau assez profond — lac, étang, retenue collinaire — grâce à son écope. Selon les éléments relayés par ICI dans les Landes, il refait sa cuve en une minute et demie environ. Dans une forêt landaise constellée de plans d'eau, cela signifie des rotations courtes et un débit soutenu sur toute une journée d'engagement.

Un largage massif ou dosé, au choix

Le pilote peut tout lâcher d'un coup pour casser un front violent, ou étaler la charge en plusieurs traînées pour tenir une ligne d'appui plus longue. Les Canadair, eux, jouent surtout la quantité. Cette souplesse est la raison pour laquelle la sécurité civile présente la machine comme un moyen complémentaire, et pas comme le remplaçant de quoi que ce soit.

11 300 litres, ça fait combien de Canadair ?

Un CL-415 emporte environ 6 000 litres. Le Chinook bombardier d'eau délivre donc près de deux fois cette charge à chaque passage. Autre point de repère : l'A400M militaire, engagé sur les feux depuis juillet 2026, lâche 20 000 litres, mais il lui faut une piste, de la vitesse et de l'espace. Il ne peut pas se figer au-dessus d'une lisière.

Le Chinook bombardier d'eau arrive avec ses pompiers australiens

Pourquoi une machine australienne débarque en août

La réponse tient à la géographie. En août, l'Australie est en hiver : ses moyens anti-incendie et leurs équipages sont disponibles pendant que l'Europe du Sud brûle. En janvier, c'est l'inverse. Ce jeu de saisons opposées fait circuler avions, hélicoptères et personnels entre les deux hémisphères depuis des années, par contrats saisonniers. Lynette Wood, ambassadrice d'Australie en France, a annoncé la prolongation du déploiement.

Ce que ça dit de la flotte française

La sécurité civile aligne 23 aéronefs basés à Nîmes-Garons :

  • 12 Canadair CL-415, les seuls capables d'écoper ;
  • 8 Dash 8 Q400MR, plus gros porteurs mais tributaires d'une piste ;
  • 3 Beechcraft King Air, dédiés à la coordination.

S'y ajoutent des Air Tractor AT-802 loués chaque été, et désormais l'A400M. Le renfort australien s'inscrit donc dans une habitude bien installée : quand la flotte en propre ne suffit plus, on loue à l'extérieur. Après les mégafeux de juillet, l'arithmétique n'avait plus rien de théorique pour les préfets du Sud-Ouest.

Ce qu'il faut surveiller d'ici fin septembre

Trois choses. Le nombre de sorties réellement effectuées par le Chinook bombardier d'eau, d'abord : un appareil unique reste vulnérable à la moindre immobilisation technique. Sa zone d'emploi ensuite — restera-t-il dans le Sud-Ouest ou basculera-t-il vers le pourtour méditerranéen ? Enfin la suite budgétaire : si le retour d'expérience est jugé concluant, la question d'un hélicoptère lourd loué chaque été reviendra vite.

Si vous vivez dans les Landes ou en Gironde, le réflexe ne change pas, Chinook ou pas : consultez les arrêtés préfectoraux d'accès aux massifs avant une sortie, laissez libres les pistes forestières utilisées par les secours, et traitez un ordre d'évacuation comme non négociable. À Luglon, 550 personnes ont quitté leur domicile en quelques heures. Onze tonnes d'eau larguées d'un coup ne rattrapent jamais une évacuation faite trop tard.