Le détroit d'Ormuz reste bloqué, votre plein en paie le prix
Six mois après la fermeture du détroit, les Bourses européennes ne bougent presque plus — mais la pompe, elle, continue de monter.
Les discussions entre Washington et Téhéran sur la réouverture du détroit d'Ormuz n'ont donné aucun signe d'avancée vendredi, et les Bourses européennes ont fini la semaine chacune dans son coin. Le CAC 40 a cédé 0,16 % à 8 636,80 points. À Francfort, le DAX a pris 0,51 % pour terminer à 26 440,31 points. Londres a reculé de 0,21 %, tout comme le Stoxx 600. Vu de loin, une séance sans relief.
Le mouvement intéressant était ailleurs. Le Brent est remonté de 0,76 % à 87,73 dollars le baril, le WTI américain de 0,41 % à 81,58 dollars. Sur une seule journée, ça ne raconte pas grand-chose. Mais le niveau, lui, se lit tous les jours à la pompe : début août, le gazole tournait autour de 2,20 euros le litre en France, contre environ 2,03 euros pour le sans-plomb E10.
Concrètement : un conducteur qui parcourt 15 000 kilomètres par an avec un diesel consommant 6 litres aux 100 brûle environ 900 litres. À 2,20 euros le litre, la facture annuelle approche 1 980 euros. Et le gazole a pris près de 17 % en un mois seulement, d'après les relevés de prix à la pompe. C'est là que la crise se voit vraiment, bien plus que dans la variation quotidienne du CAC 40.
Pourquoi Paris baisse quand Francfort monte
Un écart de 0,67 point entre les deux places sur une même séance n'a rien d'anormal : les indices ne contiennent pas les mêmes sociétés, ni dans les mêmes proportions. Vendredi, deux histoires très ciblées ont tiré certaines valeurs. Valneva s'est envolée de 22,20 % après que l'Agence européenne des médicaments a accepté d'examiner son vaccin contre la maladie de Lyme. Les éditeurs de logiciels européens ont gagné de 2 à 8 %, portés par des spéculations de rachat visant l'américain Workday.
Ce que le détroit d'Ormuz change pour votre plein
Le pétrole se facture en dollars, mais vous le payez en euros. Deux variables comptent donc, pas une seule : le cours du baril et le taux de change. Vendredi, l'euro est monté de 0,48 % à 1,1582 dollar, l'indice dollar reculant de 0,45 %. Une monnaie européenne plus forte absorbe une partie de la hausse du brut. C'est à peu près le seul amortisseur qui joue actuellement en faveur des ménages français.
Le gazole au-dessus de 2,20 euros le litre
Au 1er août, le gazole ressortait autour de 2,22 euros le litre en moyenne nationale et l'essence E10 à 2,03 euros. Les relevés des jours suivants montrent un léger reflux du diesel sous 2,18 euros, mais rien qui ressemble à une détente durable tant que le trafic maritime ne reprend pas normalement dans le Golfe.
Le diesel coûte désormais plus cher que l'essence
C'est le renversement le plus concret pour les automobilistes. Pendant des années, faire le plein de gazole revenait moins cher qu'en sans-plomb. Aujourd'hui l'écart s'est inversé, d'une vingtaine de centimes par litre. Le diesel dépend davantage du raffinage et de trajets maritimes longue distance : quand les pétroliers rallongent leur route, le fret grimpe et le gazole encaisse le choc avant l'essence.
Des indicateurs qui disent tout et son contraire
La séance était aussi chargée en statistiques. La croissance de la zone euro a été confirmée à 0,4 % au deuxième trimestre. En France, l'inflation harmonisée de juillet s'est établie à 2,4 % sur un an, conforme aux attentes. Aux États-Unis, en revanche, les ventes au détail ont reculé alors que le marché attendait une hausse, et l'indice de confiance des ménages de l'Université du Michigan est ressorti sous les prévisions.
Un détail explique une partie de ce trou d'air : Amazon a déplacé son Prime Day de juillet à juin cette année, ce qui écrase mécaniquement la comparaison. Les marchés obligataires n'ont pas pris ces chiffres au premier degré — le rendement du 10 ans américain a grimpé de 4,1 points de base à 4,68 %, tandis que le Bund allemand restait quasi stable à 3,20 %.
Six mois de crise, et un baril moins cher qu'en mars
Il faut remettre ces 87,73 dollars en perspective. La crise a démarré le 28 février, après des frappes américano-israéliennes sur l'Iran. Le 2 mars, Téhéran confirmait la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Le 8 mars, le Brent repassait au-dessus de 100 dollars pour la première fois depuis quatre ans, avant de culminer à 126 dollars. Les producteurs du Golfe ont retiré jusqu'à 11 millions de barils par jour du marché et le Qatar a suspendu sa production de GNL.
Autrement dit, le baril se paie aujourd'hui environ 30 % sous son sommet. Un cessez-le-feu conclu le 14 juin avait fait retomber la pression, puis les hostilités ont repris le 8 juillet à plus basse intensité. Depuis, le marché vit sur un scénario implicite : ni réouverture rapide, ni escalade. D'où des variations de quelques dizaines de centimes par séance, comme vendredi.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochains jours
Quatre points méritent un œil, sans y passer ses journées :
- Le seuil des 90 dollars sur le Brent, franchi ou non
- Le taux euro-dollar, qui amortit ou amplifie la facture énergétique
- Les relevés hebdomadaires des prix à la pompe en France
- Tout signal concret de réouverture du détroit d'Ormuz au trafic commercial
Rien là-dedans n'appelle une décision précipitée. Faire le plein avant un week-end de départ coûte toujours plus cher qu'en milieu de semaine, et les stations de grande surface restent en moyenne nettement moins chères que celles d'autoroute. Si vous roulez beaucoup, comparez sur le comparateur public prix-carburants.gouv.fr plutôt que de parier sur la géopolitique. Et gardez le Brent en tête : tant qu'il reste sous 90 dollars, la pompe ne devrait pas repartir brutalement.
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