L'énergie à +14,7 % : l'angle mort de l'inflation américaine

Le ralentissement des prix aux États-Unis a rassuré les Bourses européennes jeudi matin, mais le poste énergie et trois dissidents à la Fed rappellent que la partie n'est pas jouée.

L'énergie à +14,7 % : l'angle mort de l'inflation américaine

L'inflation américaine est retombée à 3,4 % sur un an en juillet, contre 3,5 % le mois précédent, et les Bourses européennes étaient attendues en hausse jeudi matin. Le CAC 40 était vu en progression de 0,35 %, le DAX de 0,28 %, le Footsie de 0,25 %. Rien de spectaculaire, mais assez pour effacer la séance de la veille, où Paris avait cédé 0,46 % pour finir à 8 674,94 points.

Le chiffre publié mercredi est arrivé pile sur les attentes : +0,1 % sur un mois. L'indice sous-jacent, celui qui exclut l'alimentation et l'énergie, est tombé à 2,5 % sur un an, son rythme le plus lent depuis mars 2021. Sur le papier, c'est une bonne nouvelle, et les marchés l'ont traitée comme telle.

Sauf qu'un détail passe mal. L'indice de l'énergie a bien reculé de 1,5 % en juillet, mais il reste supérieur de 14,7 % à son niveau d'il y a un an. Et surtout, les investisseurs ne se demandent pas quand la Fed baissera ses taux. Ils se demandent si elle va les monter en septembre.

Le détail que le chiffre global ne montre pas

Un indice des prix, c'est une moyenne, et les moyennes écrasent des écarts énormes. En juillet, le logement a représenté à lui seul environ les deux tiers de la hausse mensuelle, avec +0,1 %. L'alimentation a progressé au même rythme. L'énergie, elle, a reculé — ce qui explique en grande partie pourquoi le chiffre d'ensemble paraît si sage ce mois-ci.

L'énergie : -1,5 % sur un mois, +14,7 % sur un an

Le repli mensuel masque une réalité plus dure. Comparée à juillet 2025, l'énergie coûte 14,7 % de plus aux ménages américains. C'est le poste le plus susceptible de remettre les prix en mouvement, d'autant que les tensions au Moyen-Orient continuent de peser sur l'offre. Le Brent se traitait autour de 88,80 dollars le baril jeudi matin, le WTI à 82,96 dollars.

Le cœur de l'inflation au plus bas depuis 2021

À l'inverse, l'inflation américaine sous-jacente raconte une histoire rassurante. À 2,5 % sur un an, elle égale son point bas de mars 2021. C'est cet indicateur que la banque centrale surveille en priorité, parce qu'il filtre justement les à-coups de l'énergie et de l'alimentation. Deux signaux opposés, donc, dans le même communiqué. D'où l'hésitation persistante des marchés.

Pourquoi une hausse des taux est encore sur la table

Voilà ce qui rend cette séquence inhabituelle. Depuis des mois, la question posée aux banques centrales était de savoir quand elles allaient assouplir. Aux États-Unis, elle s'est inversée. Lors de la réunion de fin juillet, trois membres du comité de politique monétaire ont voté contre le statu quo : ils voulaient relever les taux. Un tel niveau de dissidence est rare.

Les probabilités de marché racontent la suite. Après cette réunion, les contrats à terme donnaient environ 65 % de chances à un tour de vis d'un quart de point en septembre. Cette probabilité était retombée à 54 % il y a une semaine, à 48,4 % mardi, puis à 40,4 % après la publication de mercredi, selon l'outil FedWatch de CME Group. La menace recule, elle n'a pas disparu.

« La Fed et les marchés voudront sans doute examiner les données jusqu'à la veille de la réunion de septembre », estime Den Miki, de SMBC Nikko Securities.
L'énergie à +14,7 % : l'angle mort de l'inflation américaine

Ce que l'inflation américaine change pour l'Europe

Wall Street a validé le scénario du soulagement mercredi. Le Nasdaq a gagné 0,54 % à 26 588,49 points, porté par les valeurs liées à l'intelligence artificielle : Nebius a bondi de plus de 12,5 % après des comptes supérieurs aux attentes, CoreWeave a pris jusqu'à 24 %, Super Micro près de 18 %. Le S&P 500 a fini sur une hausse de 0,26 %, le Dow Jones quasiment à l'équilibre.

C'est ce mouvement que l'Europe importait jeudi matin, avec un Stoxx 600 attendu en progression de 0,39 %. Côté entreprises, Maersk a dépassé les attentes au deuxième trimestre et relevé sa prévision de bénéfice annuel pour la deuxième fois de l'année — un signal utile sur l'état réel du commerce mondial, au-delà des seules statistiques macroéconomiques.

Ce que ça veut dire pour votre budget

Le lien le plus direct passe par le change. L'euro valait 1,1524 dollar jeudi matin. Si la Fed finit par relever ses taux, le dollar se renforce, et tout ce que la France règle en dollars — pétrole, gaz, matières premières, matériel informatique — coûte plus cher en euros. Un baril stable à 88 dollars ne se ressent pas pareil selon que l'euro vaut 1,15 ou 1,05 dollar.

Pour l'épargne et le crédit immobilier, l'effet est plus indirect : ce sont la BCE et le taux de l'OAT française qui commandent. Mais les rendements américains servent de référence mondiale. Le 10 ans américain se détendait à 4,6763 % jeudi, en repli de 1,6 point de base. Une Fed qui durcit tirerait mécaniquement les taux longs européens vers le haut.

Les deux dates à surveiller

Le calendrier est court et il est chargé. Deux rendez-vous vont décider si le soulagement de jeudi tient ou s'évapore :

  • Jeudi, les prix à la production américains. Ils mesurent l'inflation en amont, avant qu'elle n'arrive en rayon : un chiffre chaud relancerait aussitôt le pari d'une hausse.
  • Les 15 et 16 septembre, la réunion de la Fed. D'ici là, un rapport sur l'emploi et un nouvel indice des prix seront publiés.

Concrètement : si vous avez un projet libellé en dollars — voyage, achat de matériel, placement en devise — la fenêtre actuelle, autour de 1,15 dollar pour un euro, est plutôt favorable et peut se refermer vite. Et si vous détenez des actions européennes, ne lisez pas la hausse de jeudi comme un feu vert : elle repose sur un chiffre conforme aux attentes, pas sur une bonne surprise. Le vrai test, c'est septembre.