L'insalubrité en Côte d'Ivoire coûte jusqu'à 1 million FCFA

Après dix ans de campagnes de sensibilisation, la Côte d'Ivoire bascule vers la verbalisation, avec des amendes qui vont de 10 000 à 1 million de francs CFA.

L'insalubrité en Côte d'Ivoire coûte jusqu'à 1 million FCFA

La lutte contre l'insalubrité en Côte d'Ivoire vient de changer de registre. Le lundi 10 août 2026, à Paillet, dans la commune abidjanaise d'Adjamé, les agents de la brigade de l'hydraulique, de l'assainissement et de la salubrité ont verbalisé un automobiliste surpris en train d'uriner en public. L'information a été rapportée par le site ivoirien KOACI. Le geste paraît anodin ; la contravention, elle, marque un basculement.

Depuis dix ans, l'État misait presque exclusivement sur la pédagogie : caravanes, spots radio, opérations de balayage collectif. Cette fois, les textes sortent du tiroir. Selon l'Agence Ivoirienne de Presse, les amendes prévues s'échelonnent de 10 000 à 1 000 000 de francs CFA selon la gravité du manquement, soit environ 15 à 1 525 euros. Pour un ménage abidjanais, la fourchette haute représente plusieurs mois de dépenses courantes.

Ce durcissement tombe au lendemain de la 10e Semaine nationale de la propreté, lancée le 2 août 2026 à la mairie centrale de Yopougon par Amédé Koffi Kouakou, ministre de l'Hydraulique, de l'Assainissement et de la Salubrité, sur le thème de l'engagement communautaire. Une semaine de sensibilisation, puis les carnets à souche. La séquence n'est pas un hasard : elle a été annoncée à l'avance.

Ce qui s'est décidé à Divo avant Abidjan

Le calendrier a d'abord été posé en région. Le 4 août, à Divo, dans le Lôh-Djiboua, le préfet de région Womblégnon Célestin et le directeur régional Kouassi Yao Hugues ont ouvert la semaine locale en prévenant que la phase répressive démarrerait le lundi suivant, le 10 août. Une brigade régionale de salubrité, nouvellement créée, en a reçu la charge. Le même jour, à 200 kilomètres de là, Adjamé enregistrait sa première verbalisation médiatisée.

Deux codes et des amendes jusqu'à 1 million FCFA

La répression ne s'improvise pas : elle s'appuie sur deux textes votés ces dernières années, longtemps restés lettre morte faute d'agents assermentés pour les appliquer sur le terrain.

Le code de l'hygiène et de la salubrité, adopté en 2023

Voté à l'unanimité par les députés en mai 2023, ce texte encadre les dépôts sauvages, l'incinération de déchets, la défécation et l'urination en plein air. Le ministre de l'époque, Bouaké Fofana, avait averti que son non-respect exposerait à des amendes, voire à des peines de prison. Trois ans plus tard, c'est cette menace qui commence à se matérialiser.

Le code de l'assainissement et du drainage, adopté en 2025

Plus récent, il vise les rejets d'eaux usées et l'obstruction des caniveaux — un enjeu de survie pendant la saison des pluies, quand les canalisations bouchées transforment les quartiers bas d'Abidjan en couloirs d'inondation. C'est aussi le volet le plus coûteux à faire respecter, car il concerne autant les particuliers que les commerces et les chantiers.

Qui verbalise, et sur quoi

Sur le terrain, la brigade rattachée au ministère intervient sur les dépôts d'ordures hors bacs, les eaux usées déversées dans la rue, les nuisances sonores et les besoins faits en plein air. Elle travaille aux côtés de l'ANAGED, l'agence nationale chargée de la collecte et du traitement des déchets, qui reste l'opérateur central du dispositif.

L'insalubrité en Côte d'Ivoire coûte jusqu'à 1 million FCFA

Abidjan produit 5 000 tonnes d'ordures par jour

Le chiffre explique la nervosité des autorités. La capitale économique génère entre 4 500 et 5 000 tonnes de déchets ménagers quotidiens, un volume que la chaîne de collecte peine à absorber. En juin 2026, la ville a connu une crise ouverte : ordures accumulées pendant des jours, ultimatum de 72 heures lancé par le ministre, puis une opération d'urgence qui a permis d'évacuer près de 16 000 tonnes vers le site de Kossihouen en quelques jours.

Les choses sont progressivement rentrées en ordre, déclarait alors Amédé Koffi Kouakou à propos de la crise des ordures d'Abidjan.

L'insalubrité en Côte d'Ivoire, un test de crédibilité

Le nœud du problème est là. Selon Connectionivoirienne, plus de 163 milliards de francs CFA — près de 250 millions d'euros — ont été mobilisés en 2026 pour la salubrité urbaine, sans que les habitants constatent une amélioration durable. Difficile, dans ces conditions, de sanctionner un passant à 10 000 francs si les bacs débordent et si le camion ne passe pas. La verbalisation ne tiendra que si le service suit.

La comparaison avec la France est instructive : jeter ses déchets sur la voie publique y relève d'une contravention de 4e classe, avec une amende forfaitaire de 135 euros. Un montant proche du bas de la fourchette ivoirienne, mais adossé à une collecte régulière et à un maillage de déchetteries. C'est cette contrepartie qui rend l'amende acceptable — et c'est précisément ce que la Côte d'Ivoire doit encore consolider.

Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines

Trois signaux diront si le tournant est réel ou symbolique : le nombre de contraventions effectivement dressées et encaissées, la publication d'un barème lisible que chacun puisse consulter, et la régularité de la collecte dans les communes les plus denses comme Abobo, Yopougon ou Adjamé. Si vous vivez à Abidjan ou si vous vous y rendez, la précaution la plus simple reste de repérer les bacs et les toilettes publiques du quartier avant d'en avoir besoin — un réflexe qui coûte désormais moins cher qu'une amende.