Quatre filières sous un même toit à l'école de Laeken
Dans le nord de Bruxelles, un établissement réunit général, technique, professionnel et alternance sur un même site, au moment précis où la Belgique francophone recule l'âge du tri scolaire.
Une école de Laeken, dans le nord de Bruxelles, tient un pari que très peu d'établissements français peuvent se permettre : réunir sous le même toit l'enseignement général, le technique, le professionnel et l'alternance. À l'Athénée royal de la Rive Gauche, un enfant peut entrer en maternelle et ressortir à 18 ans avec un diplôme général — ou avec un métier appris en entreprise. Sans jamais changer d'adresse.
Le chiffre tient en un mot : quatre. Quatre filières, là où la plupart des écoles en proposent une, parfois deux. L'établissement se décrit lui-même comme une école à taille humaine, mais avec beaucoup de choix d'options. Les deux moitiés de cette phrase sont rarement compatibles : d'habitude, plus une école offre de voies, plus elle grossit et plus l'élève s'y perd.
Ce modèle arrive à un moment précis. La Fédération Wallonie-Bruxelles s'apprête à réformer son secondaire, avec un objectif assumé : retarder le moment où l'on demande à un adolescent de choisir son avenir. Pour un lecteur français, dont l'enfant sera orienté à la fin de la troisième, le contraste mérite qu'on s'y arrête.
Quatre écoles dans une seule école
La structure est découpée en blocs lisibles. Les Clémentines accueillent les tout-petits jusqu'à la deuxième primaire. Le Petit Rive Gauche prend le relais de la troisième à la sixième primaire. Le Rive Gauche couvre tout le secondaire, général, technique et professionnel confondus. Et le CEFA, le centre d'éducation et de formation en alternance, permet d'apprendre un métier en alternant école et entreprise.
L'intérêt n'est pas administratif, il est humain. Un élève de 14 ans qui décroche en général n'a pas à quitter ses copains, son quartier et ses repères pour rejoindre une filière technique à l'autre bout de Bruxelles. Il change de couloir. Ce détail-là, tous les enseignants vous le diront, décide souvent de la suite.
Ce que le tronc commun change dès 2026
La réforme belge n'est pas un projet lointain. Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a tranché le 13 septembre 2025, selon BX1, après des mois de blocage entre les partenaires de la majorité MR–Les Engagés. Le calendrier est désormais public, et il commence très bientôt.
Le calendrier réel : août 2026, puis 2027
Le nouveau tronc commun s'applique à la première secondaire à la rentrée 2026 — qui, en Belgique francophone, tombe fin août et non début septembre comme en France. La deuxième secondaire suivra en 2027. Le déploiement est donc progressif, cohorte par cohorte : les élèves déjà en cours de secondaire ne sont pas concernés.
La troisième devient une année pour tester
C'est en troisième que se joue l'essentiel. Cette année-là est pensée comme une année de transition, pendant laquelle l'élève peut essayer une orientation, générale ou qualifiante, avant de s'engager. Les « activités orientantes » y sont renforcées. Autrement dit, on remplace une décision sèche par une période d'essai encadrée.
Ce que la majorité a rétabli
Le projet initial, acté en 2017 dans le cadre du Pacte pour un enseignement d'excellence, prévoyait un tronc commun polytechnique strictement identique pour tous jusqu'à 15 ans. La majorité arrivée en 2024 l'a révisé et réintroduit des cours à options en troisième. Les ministres Valérie Glatigny (MR) et Elisabeth Degryse (Les Engagés) ont porté cet arbitrage, présenté comme applicable sans bouleverser l'organisation des établissements.
Pourquoi l'école de Laeken part avec une longueur d'avance
Une réforme qui demande aux collèges de faire découvrir le technique et le manuel suppose des ateliers, des enseignants de métier, des machines. Beaucoup d'écoles générales n'en ont aucun et devront improviser, mutualiser, ou renvoyer les élèves ailleurs. Un établissement qui abrite déjà un CEFA et des filières professionnelles a tout cela sur place, depuis toujours.
En France, le tri tombe plus tôt
De ce côté-ci de la frontière, l'orientation reste concentrée sur un moment unique : la fin de troisième, vers 14 ou 15 ans, entre voie générale et technologique d'un côté et voie professionnelle de l'autre. Le Parcours Avenir, présent au collège et au lycée, et le Plan Avenir mis en avant par le ministère de l'Éducation nationale visent justement à mieux préparer ce choix. Mais la bascule géographique demeure : changer de voie signifie souvent changer d'établissement.
Ce qu'un parent peut en retenir
La leçon utile n'est pas belge, elle est pratique. Avant d'inscrire un enfant, regardez ce qui existe dans le même bâtiment : y a-t-il un atelier, une section technologique, un partenariat avec un lycée pro voisin, une passerelle formalisée ? Ce sont ces éléments qui déterminent le coût réel d'un changement d'avis à 15 ans.
- Combien de voies différentes mènent au diplôme depuis cette école ?
- Que se passe-t-il concrètement si mon enfant veut bifurquer en cours de route ?
- Existe-t-il des ateliers ou des partenariats entreprises sur place ?
À surveiller maintenant : la rentrée belge de fin août 2026 sera le premier test grandeur nature de ce tronc commun révisé, et les écoles qui s'en tireront le mieux seront celles qui avaient déjà les ateliers. Si vous préparez l'orientation d'un collégien en France, posez ces trois questions à la prochaine réunion parents-professeurs. Les réponses en disent plus long que n'importe quelle brochure.
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